Platon-CH

En tant que capitaine des gars des Gars, mon rôle ne se limite pas à tenter d’influencer le résultat des matCHs en m’époumonant pour encourager mes Gars. Nenon, j’agis aussi en tant que coach de partisans.

À ce titre, quand Canadiens connaît une saison de marde comme celle-ci, il n’est pas rare que les gens m’abordent dans la vie comme au hockey pour me demander : « Ben coudonc, coach, on serait pas mieux de cheerer contre les Gars pour qu’ils perdent, de façon à obtenir un meilleur classement pour le repêchage? »

Ça paraît peut-être pas de même, mais cette question soulève certains enjeux éthiques. En effet, en tant que partisans, nous nous devons de supporter notre équipe. C’est un devoir déontologique, qui se répète à chaque matCH.

Par contre, la possibilité de terminer dernier au classement est désormais bien réelle. Si on y arrivait, le choix au repêchage qui s’offrirait à nous a de quoi faire saliver. Certains disent que, dans de telles circonstances, la fin justifie les moyens.

Ne sachant pas moi-même comment me comporter dans les estrades depuis quelques matCHs, j’ai fait appel au philosophe Daniel Weinstock, afin que ce dernier éclaire ma lanterne.

RB : J’ai une question éthique à te poser. En préparant un article sur Canadiens, je me demande s’il est moralement acceptable d’espérer que l’équipe perde pour qu’elle termine au bas du classement, afin d’obtenir un meilleur choix au repêchage? Bref, le dilemme classique entre éthique téléologique et déontologique…

DW: J’opterais pour l’approche kantienne, déployée surtout par Kant afin de concilier ses attitudes divergentes sur la Révolution française. Déontologiquement, pensait Kant, on ne pouvait pas approuver d’actions qui auraient pour effet d’éroder un État de droit, même un État de droit aussi médiocre que l’était devenu l’Ancien Régime. Par contre, on pouvait également se laisser emporter par l’espoir et l’enthousiasme, résolument tourné vers l’avenir, et qui nous fait espérer que le résultat de ces actions hors-la-loi. Donc, il y a un devoir moral de continuer à espérer les victoires du CH. Par contre, on peut soutenir ce devoir tout en se laissant emporter par l’enthousiasme que suscite la vision du club qui se rapproche de plus en plus des bas-fonds, là où se trouve Auston Matthews. Il n’y a contradiction que pour ceux qui ne savent pas distinguer jugement moral et jugement téléologique. Heureusement, nous ne sommes pas de ceux-là.

J’espère que les vrais fans comprendront. Oui, c’est correct de ressentir une petite excitation en voyant l’équipe se rapprocher des bas-fonds du classement. Mais quand on est au matCH, on conserve le devoir d’encourager les Gars. Pas de huées, pas de sacs bruns, etc. Être partisan des Canadiens, c’est pas porter un t-shirt que tu peux enlever quand il commence à sentir mauvais. C’est la job de toute une vie (à aimer).

Go! Habs!! Go!!



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