Athlète Canada

Malgré les mauvaises nouvelles des derniers jours, avec l’élimination du Canadien en finale de la Coupe Stanley, il faut quand même prendre le temps de souligner les autres victoires dans le monde du sport.

Pour ceux qui n’auraient donc pas vu passer la nouvelle, dans le brouhaha de textes concernant le Tricolore, je résume. Mardi, le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, a annoncé la mise sur pied d’un mécanisme indépendant de réception des plaintes concernant les abus dans le sport.

Pour se faire, le Centre de règlement des différends sportifs du Canada (CRDSC) a été choisi pour mettre en place cette ressource d’aide. Les victimes pourront être dirigées vers des ressources en santé mentale et auront accès à de l’aide juridique.

Cette nouvelle est, ma foi, d’une importance capitale lorsqu’on se penche sur le dossier de la sécurité des athlètes.

En 2019, une étude menée par AthlètesCAN en collaboration avec l’Université de Toronto, portant sur la prévalence des diverses formes de mauvais traitements, a démontré à quel point la violence psychologique était répandue. L’intimidation, les abus verbaux et l’humiliation faisaient partie de la réalité de plus d’un millier d’athlètes âgés d’au moins 16 ans qui ont participé à l’étude.

À l’époque, près d’un cinquième des 764 athlètes sondés, qui étaient membres actifs d’une équipe nationale, disaient avoir été victime de violence psychologique, alors que chez les 237 athlètes à la retraite interrogés, la proportion des victimes se rapproche du quart.

Les athlètes consultés à l’époque avaient même exprimé à la fin du questionnaire leurs inquiétudes quant à l’acceptation ou la normalisation de comportements néfastes et l’inaction qui en découlait.

Quand on y réfléchit, ces chiffres sont inacceptables.

Une bonne fois pour toutes, les athlètes méritent de pouvoir se sentir en sécurité, à l’abri de tous les types d’abus dont ils ont trop longtemps été victimes.

Abus verbal

Crédits photo : iStock

Quand on se penche sur le dossier, ce qui saute aux yeux, c’est que la façon de procéder rendait la dénonciation presque impossible pour les athlètes.

C’est que, voyez-vous, les athlètes devaient en fait déposer leur plainte à la fédération en cause. L’enquête déclenchée à la suite de la plainte (si enquête il y avait) était par la suite menée par la fédération et l’enquêteur responsable était également payé par la fédération pour produire le rapport. Ce n’est pas tout. Une fois le rapport terminé, il revenait à la fédération de décider s’il y avait matière à sanction ou pas.

Oui, oui, vous avez bien lu. Il est quand même aberrant de constater qu’en 2021, c’était toujours la façon de traiter les plaintes des athlètes. Pourquoi croyez-vous qu’autant d’athlètes ont attendu des années avant de dénoncer les horreurs vécues? Il devient difficile dans ces conditions de prendre parole. Dénoncer des gens oeuvrant au sein d’une fédération, de devoir le faire à l’administration de cette dite fédération, comporte des risques trop élevés pour permettre aux athlètes de le faire librement.

Les athlètes se retrouvaient donc avec très peu de recours.

C’est pourquoi le nerf de la guerre dans le dossier revient à l’aspect d’indépendance de ce nouveau mécanisme.

Sylvain Croteau, directeur général de Sport’Aide, un organisme à but non lucratif dédié au bien-être des athlètes québécois, se dit d’ailleurs satisfait de cette annonce, en mettant l’emphase sur l’importance de cette indépendance.

La chose la plus importante de l’annonce, c’est d’avoir un officier indépendant, qui n’a pas de lien avec les fédérations sportives, qui ne se tournera pas vers les fédérations pour donner de l’information ou quoi que ce soit. Les victimes, lorsqu’elles se sentent prêtes à dénoncer, elles ont besoin d’avoir la certitude que leur dossier sera traité avec la plus grande indépendance, la plus grande prudence. Il y a vraiment une culture d’éthique importante et incontournable dans l’implantation de cet officier aux plaintes.

Sylvain Croteau

Sylvain Croteau sait de quoi il parle. Parce que ce n’est pas différent de ce qu’il vit chez Sport’Aide. Il sait pertinemment que les victimes ont besoin de créer un lien de confiance avec la personne à laquelle ils choisissent de se confier. Il faut traiter ces plaintes de façon minutieuse et de façon très indépendante.

Les victimes méritent d’être réellement écoutées et bien encadrées. Combien ont osé se confier sans se faire prendre réellement au sérieux? Combien ont banalisé les atrocités vécues?

Abus verbal

Crédits photo : iStock

Sylvie Parent, titulaire de la Chaire de recherche en sécurité et intégrité en milieu sportif de l’Université Laval, se réjouit également de la notion d’indépendance totale. Bien qu’au Québec le gouvernement avait déjà pris en charge la situation en nommant un officier indépendant à la gestion des plaintes des athlètes québécois, la situation demeurait compliquée pour les athlètes québécois issus des équipes nationales. Dans les faits, ce nouveau système mis en place au Québec ne leur permettait pas vraiment de déposer des plaintes puisqu’ils étaient rattachés aux fédérations canadiennes. Or, lorsque le système fédéral sera mis en place, les athlètes québécois pourront dorénavant profiter du nouveau mécanisme indépendant, peu importe leur niveau sportif.

Briser la culture du silence, un pas à la fois

Les dénonciations de comportements inacceptables et des allégations d’abus en tout genre ont secoué différentes organisations sportives canadiennes dans les derniers mois. À l’automne 2020, Natation Artistique Canada (NAC) a été visée par des allégations de harcèlement et d’abus. L’hiver dernier, Rugby Canada a annoncé un changement de direction à la suite d’une plainte faite par 37 joueuses actuelles et anciennes du programme national de rugby à 7.

Lentement mais sûrement, la culture du silence, trop longtemps entretenue au sein des instances sportives, tend à disparaître.

Tout n’est pas au beau fixe, évidemment, mais les vagues de dénonciation ont un effet domino qui se veut encourageant pour la suite des choses.

Maintenant, différents moyens ont été mis à disposition des athlètes. Ce n’était pas le cas il y a cinq ans m’a fait remarquer Sylvain Croteau, dont l’organisme Sport’Aide a officiellement vu le jour sur le terrain en 2017.

Il ne faut toutefois pas aller croire que d’un seul coup de baguette on réussira à enrayer tous les abus vécus dans le sport. Le mécanisme mis en place au fédéral ne fait pas foi de tout.

Mais dans l’ensemble de ce qui a été présenté par le ministre Guilbeault cette semaine, ça permettra de combler les lacunes identifiées dans le passé sur la question du traitement indépendant des plaintes, selon Sylvie Parent.

Abus verbal

Crédits photo : iStock

Il sera également important de s’assurer de tirer profit des outils mis en place. Sylvain Croteau souligne l’importance d’arrimer les pratiques. Au sein des instances sportives, il sera primordial de s’assurer de prendre tous les moyens pour prendre bien soin des athlètes.

Il ne s’agira pas d’un seul élément, mais de combiner tous les éléments et les outils mis en place pour s’assurer du mieux-être des athlètes. De travailler d’abord en amont avec la sensibilisation et l’éducation et de s’assurer de développer les moyens qui permettraient de prévenir au lieu de guérir.

Reste à voir si les bottines suivront les babines. Mais il me semble que de s’assurer que nos athlètes se sentent davantage en sécurité en mettant à leur disposition les meilleurs moyens possible, c’est la moindre des choses.



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