Le cannabis et le sport

Le 17 octobre, vous le savez sans doute, le cannabis sera légalisé au Canada et vendu dans différents points de vente à la manière des SAQ aux quatre coins de la province.

Vous êtes déjà au courant parce que la campagne publicitaire est bien amorcée et Justin Trudeau a fait de la légalisation son cheval de bataille depuis son ascension au pouvoir en 2015. Après tout, se positionner à l’avant-garde dans un dossier aussi anecdotique que les drogues récréatives, c’est une bonne façon de dissimuler l’aspect rétrograde des politiques environnementales et énergétiques du gouvernement Trudeau, notamment.

Mais, ce n’est pas de ça qu’on parle. Ici, on se penche sur la marijeanne, aussi populaire que méconnue et polarisante comme peu de choses avant elle.

Avec cette légalisation imminente, les choses seront appelées à changer et à s’adapter. Les habitudes de consommation, l’exposition des gens aux fumeurs en public et l’intégration de la drogue douce dans la conversation publique.  C’est encore trop tôt pour savoir si le cannabis sera autant démocratisé que l’alcool, par exemple, mais ce n’est pas impossible dans un avenir pas si lointain.

Ceci étant dit, une chose restera immuable pour le moment : le pot est toujours interdit aux sportifs qui ont des aspirations professionnelles ou amateurs sur le circuit compétitif. En effet, les spécialistes du mouvement antidopage canadien tenaient à faire un rappel aux athlètes que le cannabidiol (CBD) figure toujours sur la liste des substances interdites par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Donc, même si les autorités n’auront plus de droit de regard sur vos habitudes de consommation, les autorités sportives, elles, pourront encore jouer aux vierges offensées.

Et ça, c’est un problème.

Plusieurs sportifs, après leur carrière, n’hésitent pas à admettre qu’ils consommaient malgré le risque d’être épinglés par un test-surprise. Dans la NFL, par exemple, les suspensions pour des substances interdites sont classées en deux catégories : les drogues affectant les performances (PED) et les substances récréatives comme l’alcool, le cannabis ou les drogues dures comme la cocaïne par exemple. Pour ce qui est des PED, la ligne dure est très compréhensible. Pour la marijuana, par contre, il y a une liste longue comme le bras de joueurs suspendus pour plusieurs matchs et parfois même une saison complète en raison de la présence de THC dans leurs échantillons sanguins. Mais les justifications sont approximatives, au mieux, et la NFL n’est pas la seule ligue dans ce bateau, bien au contraire.

On pouvait, il n’y a pas si longtemps, se cacher derrière l’aspect légal de la chose et maintenir que les joueurs doivent être moralement irréprochables pour avoir le privilège de jouer dans la ligue. C’est un point qui se défend, même s’il est largement imparfait et difficile à définir. Sauf que là, la légalité de la chose s’effrite et les États-Unis, comme le Canada, assouplissent de plus en plus leur position sur la consommation du cannabis.

Alors, qu’est-ce qui freine les agences et les ligues sportives?

Peut-être qu’on se freine en raison des relations publiques. Peut-être aussi qu’on veut éviter de perdre des commanditaires en raison de la connotation  négative de la marijuana dans certains cercles. Mais est-ce qu’on peut encore prétendre que c’est pour le bien des athlètes, du public et de l’intégrité du sport?

C’est hypocrite rare comme position, qu’on soit pour ou contre la consommation récréative de la marijuana. Rendu là, vu la multitude d’études sur le sujet, c’est une question de valeurs et de gestions de risques, comme avec l’alcool, le tabac et même la malbouffe dans une certaine mesure. Les effets du cannabis sont documentés, bons comme mauvais, et c’est difficile de vraiment trouver un avantage compétitif pour les sportifs, du moins, pas plus que d’autres substances permises comme des antidouleurs prescrits par un médecin, par exemple.

On pourrait même pousser la note et suggérer aux ligues sportives de bannir le café et les boissons énergisantes. Après tout, on pourrait débattre que ces produits sont aussi nocifs que le THC lorsqu’il n’est pas fumé. Ceci étant dit, l’idée n’est pas de restreindre encore plus les options des athlètes, mais plutôt de décloisonner l’environnement dans lequel ils évoluent.

Si le cannabis fait son entrée dans notre quotidien avec prévention, sensibilisation et ressources pour appuyer les gens qui ont des difficultés avec la substance, ça serait la moindre des choses que les sportifs possèdent les mêmes libertés de choix que le reste de la population.

Mais bon, comme il y a encore des équipes comme les Yankees qui exigent que leurs joueurs se rasent barbes et moustaches avant de jouer, il ne faut pas trop espérer d’avancement logique dans le monde du sport parce qu’après tout, les droits fondamentaux ce n’est pas aussi sexy qu’un gros chiffre en vert dans la colonne des profits d’un bilan annuel.



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