lutte

J’avais 11 ans en 1995 alors que je me suis rendu au Vidéo Magie de La Prairie pour louer un jeu de Super Nintendo en échange d’un 2 $ en papier parce que je suis une vieille personne. Au hasard, je prends le jeu WWF Raw. Étant un gros fan de Mortal Kombat ou de tous les Beat’Em Up sur console, j’étais très intrigué de jouer à un jeu de lutte.

Tout comme le premier Mortal Kombat, les personnages sont non seulement des photos de vrais humains, mais ils ont aussi une personnalité et une chanson thème leur appartenant. C’est surement là qu’est née mon obsession avec les chansons thèmes!

Alors que les jeux de combats se limitaient à « un ninja contre un autre ninja », ici on pouvait voir un clown en équipe avec un homme patriotique contre un gros monsieur badass avec des tatouages sur la tête et une espèce de madame bizarre.

Car oui, on note aussi la présence de Luna Vachon! En 1995, c’était possible de faire des matchs intergenres dans un jeu vidéo sans que ça soit spécial.

Les critiques du jeu furent mitigées, mais pour ma gang d’amis de 11 ans, c’était parfait. Le format de la lutte permettait des choses uniques comme : frapper l’arbitre pour empêcher un compte de 3! Empêcher un adversaire de remonter sur le ring à temps! Monter sur un coin pour sauter sur l’autre! Expulser son ami à l’extérieur et l’assommer avec un seau!

C’était tellement cool!

Ce jeu offrait aussi un mode unique à la lutte : le Royal Rumble. Ce match légendaire qui nous a offert des bons moments et des moins bons a été incrusté comme un must dans le plus profond de mon âme alors que je n’étais même pas au secondaire. Vous dire comment je me sentais lors de mon premier Royal Rumble cette année en une phrase serait impossible.

Des jeux vidéos à la télévision

Les mois à jouer au Super Nintendo ont piqué ma curiosité quant à l’origine de ces personnages. Est-ce que ça ressemble à ça un match de lutte?

Peu après, je me suis mis à suivre la WWF, mais de loin. J’aimais beaucoup le flamboyant Shawn Michaels, le sombre Undertaker. Je détestais profondément l’étrange Mankind et l’imposant Vader.

J’étais assis devant mon téléviseur et certains personnages me faisaient tellement peur que je me sentais presque intimidé par ceux-ci!

Je savais que la lutte était arrangée, mais deux heures par semaine, je faisais semblant que c’était vrai. Même aujourd’hui, it’s still real to me dammit!

Mon premier souvenir marquant date de l’été suivant, en 1996 lors d’un épisode de Raw. Jerry The King Lawler frappe le Ultimate Warrior à la tête avec une toile alors que celui-ci s’est retourné!

Je me souviens m’être retourné vers mon père en me disant : « Il a le droit de faire ça??? Il a vraiment brisé une œuvre d’art??? C’est pas correct!!! »

Voilà, j’étais accroché.

La meilleure adolescence possible

Imaginez avoir 13 ans en 1997 alors que le fameux Montreal Screwjob a lieu. Ça veut donc dire que toute mon agressivité adolescente et mes envies de rébellions ont concordé avec l’Attitude Era dans les années à suivre.

J’étais un adolescent très sage. En y repensant, vivre mon trop-plein d’émotions à travers Steve Austin qui menace de faire éclater la tête de son patron sur le ring, la naissance des Tables Ladder and Chairs matches, D-Generation X qui me fait faire des « Suck It » devant la télé et le Big Boss Man qui fait manger à Al Snow son propre chien m’ont suffi.

Nul besoin d’aller me battre dans la cour de récréation après toute cette brutalité!

L’Attitude Era était idéale pour un adolescent comme moi. Moi qui voulais des personnages distincts, j’étais servi! Même la mid-low card était attachante : l’entrée de The Brood était remarquable, l’histoire derrière le bureau de APA était développée et même si des histoires étaient loufoques, ils ont tout de même donné du temps d’antenne à Kaientaï et Val Venis.

Au sommet de la carte, comment rester insensible alors que The Rock remporte les Survivor Series : Deadly Games en s’alliant avec Vince McMahon qui trahi Mankind alors que ce dernier l’appelle « daddy »? J’étais debout sur mon divan à me prendre la tête à deux mains.

Évidemment, la WWE était parfois difficile à justifier devant mes parents qui ne faisaient que trouver ça un peu too much. Au pire du pire, quand c’était moins intéressant, je pouvais zapper et regarder la WCW.

Des personnages plus grands que nature pour le reste de ma vie SVP!

Comme plusieurs de ma génération, j’ai décroché de la lutte lorsque la WWF a acheté la WCW. Je suis entré au cégep tout en devant travailler en même temps. J’ai dû couper dans mon divertissement. Je m’y suis remis aussi tôt sorti de mon parcours universitaire à la fin de 2005 et j’étais très heureux de retrouver Kurt Angle!

J’avais beaucoup d’interrogation : « Edge est rendu important? Bradshaw est rendu vieux un monsieur riche et mou? Comment Ric Flair ose-t-il dire que Evolution est plus importante que la nWo ou DX??? »

La décennie à suivre était très loin d’être parfaite, mais il y avait toujours au moins une histoire intéressante en tout temps pour m’y garder intéressé. On dira ce qu’on voudra sur Eugene, mais je me demandais semaine après semaine ce qu’il allait se produire avec lui.

Lorsque je ne trouve pas mon compte au niveau narratif, je n’ai qu’à me rappeler qu’il y a des mastodontes sur le ring qui se balance au bout de leurs bras sans se blesser. Leur coordination m’impressionne tellement! Moi qui rate un high five sur deux!

Tant qu’elle reste surprenante

Je suis convaincu que je serais un fan de lutte pour le reste de ma vie, même si ça me fait passer pour un imbécile à chaque fois que j’en parle en public.

C’est un art qui ne cesse d’évoluer et de m’ébahir : je n’aurais jamais cru que le superkick devienne un move commun!

La WWE s’est mise à respecter ses femmes en y embauchant des lutteuses et non des bimbos. La AEW pourrait devenir une vraie compétition. Tout s’enligne pour être meilleur qu’avant!

Comme c’est un divertissement hebdomadaire que je suis depuis des décennies, je me sens investi dans la construction d’un patrimoine. Oui, rien de moins qu’une succession d’évènements qui expliquent l’état des choses aujourd’hui. Un vrai patrimoine!

J’en suis tellement passionné que j’adore l’analyser au deuxième et au troisième niveau. Ce ne sont plus seulement les bonnes histoires qui m’intriguent, mais comment elles sont amenées.

Au Québec, il y a presque autant de galas de lutte que de soirées d’humour et le calibre est vraiment impressionnant! Allez donc encouragez vos lutteurs locaux, vous ne serez pas déçus! La lutte est une des seules disciplines où l’interaction avec le public est essentielle. Rien n’est plus engageant (ou effrayant) que de crier quelque chose à un lutteur qui se revire vers vous!

La lutte, c’est parfois vraiment mauvais et gênant. Mais lorsqu’elle est à son plein potentiel, c’est beau, inspirant et captivant.

Et même lorsque ce n’est pas le cas à ce point-là, il ne me faut qu’une belle entrée, un bon match soutenu par une belle histoire pour me ramener à mes 11 ans.



Commentez cet article