« Dans la voûte du Musée Guindon », c’est une série où je vous présente hebdomadairement un joyau de ma collection sans prétention de cossins sportifs, en insistant sur le « pourquoi-du-kossé-que-j’ai-c’t’asti-de-bébelle-là », mais aussi en se servant de ce prétexte pour se raconter des belles histoires sportivo-historiques.

La semaine dernière, on a appris que la American Hockey League aka la Ligue Américaine aka la AHL allait déménager cinq de ses 30 concessions en Californie. Il faut dire qu’historiquement, la ligue-école de la LNH a son château-fort dans le nord-est des États-Unis et dans l’est du Canada. On n’a qu’à se rappeler les beaux jours des Voyageurs de la Nouvelle-Écosse (1971 à 1984), des Canadiens de Sherbrooke (1984 à 1990) et des Canadiens de Fredericton (1990 à 1999) qui ont, tour à tour, été le club-école du Canadien de Montréal.

D’ailleurs, la formation la plus à l’ouest de la division ouest de la conférence ouest de la AHL est actuellement le Rampage de San Antonio, affilié aux Panthers de la Floride. San Antonio, je ne sais pas si vous le savez, mais c’est très loin des plages californiennes. C’est pourquoi cette annonce est particulièrement étonnante.

Ce remaniement incongru et inattendu sonnera-t-il le glas de la AHL, comme l’expansion outre-Rocheuses l’a fait pour la IHL à l’orée du nouveau millénaire? Je ne le crois pas et je vous explique pourquoi.

La International Hockey League, à la manière de la American Hockey League, était une vieille ligue de développement pour la NHL, solidement ancrée dans le Midwest américain et autour des Grands Lacs. Mais elle a péché… Elle a voulu être plus grosse que le boeuf. À partir de la fin des années 1980, ce circuit a décidé de s’expandre frénétiquement dans des plus gros marchés. Dès 1995, de sympathique ligue régionale, elle était devenue une organisation transcontinentale semblant vouloir rivaliser avec la NHL.

La NHL s’est sentie menacée.  En résumé un peu simpliste, les équipe de la grosse ligue qui avaient des filiales dans la IHL les ont transférées dans la AHL. La IHL s’est retrouvée avec un produit de piètre qualité, des assistances décevantes et des coûts d’exploitation astronomiques. La suite est facile à deviner: la IHL a cessé ses opérations en 2001, laissant dans le deuil des milliers de fans d’équipes aux noms bizarres, qui jouent dans des villes bizarres, avec des chandails bizarres. Dont moi.

Ce qui différencie l’expansion de la IHL dans l’ouest au début des années 1990 du déménagement groupé de la AHL en Californie en 2015, c’est que dans le premier cas, cela c’est fait CONTRE la NHL. Dans le second cas, on sait pertinemment que cela se fait AVEC la NHL. M. Bettman a les doigts longs (et des souliers de marche). Avoir les 3 clubs-école des 3 équipes californiennes en Californie comporte de nombreux avantages. Le calcul est brillant et la stratégie paiera sans doute à long terme. Pour l’instant, ce sont les partisans de Manchester, Glen Falls, Worcester, Norfolk et Oklahoma City qui en font les frais.

Bref, je possède l’annuaire officiel 1993-94 de la IHL.

Je suis fier d’avoir celui-là en particulier parce qu’il correspond, selon moi, à l’apogée de la IHL. On y voit Scott Gruhl des Komets de Fort Wayne, triomphant, en train de brandir la Coupe Turner, emblème de la suprématie de la Ligue Internationale de Hockey (qui n’avait pas grand chose d’international à mon humble avis…) Les Komets ont gagné 4 fois la Coupe Turner en 47 ans d’histoire. Celle-là est la dernière. C’est aussi la dernière fois où une petite équipe régionale la remportera.

Dans le Guide officiel 1993-94 de la International Hockey League, on trouve toutes les informations pertinentes qu’un jeune nerd de hockey rêve d’apprendre par coeur: le nom de l’aréna à Kansas City, le meilleur scoreur de tous les temps des Cyclones de Cincinnati, la fiche complète des 11 années qu’ont passé les Goaldiggers de Toledo dans la ligue, et surtout, une pub de Manon Rhéaume pour les cartes de hockey Classic. (Manon Rhéaume a joué 2 parties pour les Knights d’Atlanta dans la IHL en 1992-93.)

Frédéric Guindon

Photo: Frédéric Guindon

 

Pourquoi je possède l’annuaire officiel 1993-94 de la IHL?

Si ma mémoire est bonne, mon père, qui travaillait dans une banque, avait un arbitre de la IHL comme client. L’arbitre a fait le cadeau du fantastique guide à mon père. Mon père l’a donné à son jeune nerd de fils.

Depuis ce moment, il fait partie de ma prestigieuse collection.



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