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Lundi, Marc Bergevin a déposé une offre hostile à l’agent libre avec restriction Sebastian Aho. Malheureusement pour le Canadien, les Hurricanes ont égalé l’offre. Alors, on vous repartage cet article, publié la semaine dernière.

Il fait un récapitulatif des dernières offres du genre déposées et des conséquences sur le travail des directeurs généraux.

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Même si elles sont totalement permises par la convention collective en vigueur, les offres hostiles sont denrées rares dans la LNH.

L’histoire de l’offre hostile

La dernière fois qu’un agent libre avec restriction a changé d’équipe par cette voie, c’était Dustin Penner, il y a plus de dix ans (je vous en parlais ici). La dernière offre du genre déposée était en 2013, pour les services de Ryan O’Reilly. Mais avec un plafond salarial moins haut qu’anticipé, l’ombre d’une offre hostile plane au-dessus du destin de certains joueurs, comme Mitch Marner ou Brayden Point.

Ce qui découragerait les directeurs généraux de déposer des offres hostiles, ce n’est pas tant le prix à payer (plusieurs choix au repêchage), mais plutôt une sorte de règle non écrite : on ne se mêle pas des affaires de nos adversaires, sous peine d’en subir les conséquences.

Un DG qui oserait commettre entorse à cette règle s’exposerait à la foudre de ses homologues, verrait sa réputation ternie, et serait incapable de se trouver des partenaires pour faire des échanges par la suite.

Mais est-ce que cet accord de gentlemen existe vraiment? Est-ce que les DG mettent véritablement leur réputation en jeu, en procédant ainsi? Pour le vérifier, on peut se tourner vers le passé.

Voici les sept fois où les directeurs généraux ont osé commettre l’impair d’une offre hostile depuis 2006.

offre 2006

Bobby Clarke

Photo : Crédits photo : Getty Images

En 2006, Bobby Clarke a tenté d’amener le jeune Ryan Kesler dans le giron des Flyers par le biais d’une offre hostile. Les Canucks ont dû égaliser l’offre afin de retenir ses services. On en a glissé un mot dans un de nos épisodes d’Admettons que…, la saison dernière.

Ce qui est intéressant, dans ce premier cas, c’est que Bobby Clarke a démissionné quelques semaines après cette tentative ratée. L’ancienne gloire des Flyers a été directeur général jusqu’au 22 octobre 2006 avant de quitter pour des raisons personnelles — il faut dire que les Flyers connaissaient un début de saison atroce avec un gain seulement lors des huit premiers matchs.

Entre le dépôt de l’offre hostile à Kesler en septembre et le moment de sa démission, il s’est donc écoulé moins de 6 semaines. Pendant cette période, Bobby Clarke a conclu trois transactions, dont deux avec Chicago, et une avec Montréal, au repêchage.

On peut débattre des véritables raisons qui ont poussé Clarke à renoncer à son poste de directeur général : était-ce en raison du mauvais début de saison de l’équipe? À cause d’un burnout?

Peu importe, la décision de signer Kesler ne semble pas avoir joué en sa faveur ni en celle de personne, en fin de compte.

offre 2007

Kevin Lowe

Photo : Crédits photo : Getty Images

Kevin Lowe ne s’est pas fait d’amis à l’été 2007, alors qu’il a soumis une offre non pas à un, mais deux agents libres avec restriction.

D’abord, il a offert un contrat généreux à Thomas Vanek, sachant bien que les Sabres allaient égaliser l’offre, eux qui venaient déjà de perdre les services de Daniel Brière et de Chris Drury.

Une fois ce premier coup raté, Lowe a récidivé auprès de Dustin Penner. Cette fois, les Ducks ont décidé de prendre les choix en guise de compensation, et de laisser filer Penner. À Edmonton, ce dernier connaîtra bien peu de succès — tout comme les Oilers en général.

L’audace de Lowe a été critiquée par plusieurs — dont Brian Burke, qui ne s’est pas gêné pour dire aux médias le fond de sa pensée. Selon lui, Lowe devenait le grand responsable de la montée déraisonnable des salaires, en procédant ainsi.

Lowe est resté directeur général des Oilers un peu plus d’une autre année avant de changer de poste au sein de l’organisation. Par la suite, pour la fin de son règne, il a été capable de boucler cinq autres ententes (aucune avec Brian Burke, vous l’aurez deviné).

offre 2008

Mike Gillis (et Larry Pleau)

Photo : Crédits photo : Getty Images

Le 1er juillet 2008, Mike Gillis frappe un grand coup pour marquer ses débuts comme directeur général des Canucks. En poste depuis moins de deux mois, il profite de l’ouverture du marché des joueurs autonomes pour convaincre David Backes de sortir de Saint-Louis, et de venir jouer avec les Canucks.

Les Blues, dirigés par Larry Pleau, vont rapidement égaliser l’offre afin de conserver les services de Backes. Les Canucks vont alors se tourner du côté des transactions pour acquérir un autre ailier à grand gabarit, en obtenant Steve Bernier des Sabres pour deux choix au repêchage, trois jours plus tard.

À la guerre comme à la guerre, Pleau se venge de son homologue en faisant signer une offre hostile, à son tour, à… Steve Bernier! Les Canucks imiteront les Blues et égaliseront l’offre afin de conserver leur nouveau venu.

Malgré des débuts houleux, Gillis restera longtemps à Vancouver et conclura 30 autres transactions avec ses pairs, pas trop rancuniers à son égard.

Même que Gillis va boucler une entente avec Larry Pleau, des Blues, un an et demi après ce curieux épisode!

2010

Doug Wilson

Photo : Crédits photo : Getty Images

Doug Wilson jouit probablement d’une excellente réputation dans les cercles administratifs de la LNH.

Celui qui dirige les Sharks depuis 2003 a été l’un des directeurs généraux les plus actifs, ces dernières années, sur le marché des transactions. Et pourtant, il est l’un des contrevenants à la supposée règle non écrite des offres hostiles!

En 2010, il souhaite soutirer les services de Niklas Hjalmarsson à leurs rivaux, les Blackhawks de Chicago. Ceux-ci, même pris avec une masse salariale gonflée, font de la place dans leur budget pour égaler l’offre et conserver Hjalmarsson.

Le 9 juillet prochain, ça fera déjà neuf ans que cette offre hostile a été déposée, signée puis égalée. Depuis, Wilson a bouclé plus de 75 échanges — dont cinq avec les Hawks, dirigés par Stan Bowman, qui était en poste lorsque Hjalmarsson a flirté avec l’ennemi.

Ça a pris environ deux ans à Bowman avant d’enterrer la hache de guerre, mais dès juillet 2012, il a serré la main de Wilson au repêchage pour compléter un premier échange entre les deux hommes.

Un peu plus tard, à la date limite des échanges, Bowman obtient Michal Handzus des Sharks, qui jouera un rôle clef dans une conquête de la Coupe Stanley.

Comme quoi, ça paie de ne pas garder de rancune…

offre 2012

Paul Holmgren

Photo : Crédits photo : Getty Images

L’offre hostile la plus controversée et la plus lourde de conséquences des dernières années a été déposée par Paul Holmgren, alors DG des Flyers.

Celui-ci a persuadé Shea Weber de quitter Nashville pour venir s’installer à Philadelphie, dans une maison luxueuse qu’il n’aurait aucune difficulté à acheter avec son nouveau contrat. Il s’agissait de l’offre hostile la plus lucrative soumise dans l’histoire de la ligue : 14 ans, pour 110 millions de dollars.

C’était la manière que Holmgren avait trouvée pour remplacer Chris Pronger, et maintenir son club au sommet. Malheureusement pour lui, les Predators ont égalisé l’offre (non pas sans grincer des dents un peu). Il faut dire que ce contrat mastodonte, qu’on leur a imposé de force, pourrait continuer à nuire aux Predators dans l’avenir. Si Weber venait qu’à prendre sa retraite prématurément, les Preds seraient pénalisés sur le plan financier.

Bref, ce contrat a créé un précédent, et il n’a pas été bien vu du tout à travers la ligue.  Holmgren a même lui-même admis qu’il était devenu difficile de s’entendre avec ses homologues, après cette offre hostile. C’est une des raisons qu’il donne pour expliquer sa démission.

Entre la signature de l’offre (le 18 juillet 2012) et le changement de vocation de Holmgren (le 7 mai 2014), les Flyers ont procédé à 12 transactions uniquement, la plupart bien mineures.

Probablement que si c’était à refaire, Holmgren jouerait autrement ses cartes…

offre 2013

Jay Feaster

Photo : Crédits photo : Getty Images

La dernière offre hostile connue en date a été un véritable fiasco pour l’artisan responsable de cet échec.

Jay Feaster, directeur général des Flames, a essayé de soustraire les services de Ryan O’Reilly à l’Avalanche. L’offre hostile de deux ans et de dix millions de dollars US a été acceptée par le joueur de centre.

L’Avalanche a ensuite égalé l’offre : les fans des Flames devraient en être reconnaissants, car autrement, l’organisation serait possiblement devenue la risée du circuit. C’est que l’équipe d’experts de Feaster avait mal interprété un article de la convention collective concernant la signature d’agents libres : puisque O’Reilly avait joué quelques matchs en Russie, lors de cette saison, il devait inévitablement passer par le ballottage avant de s’aligner pour une nouvelle équipe dans la LNH.

L’Avalanche aurait donc pu encaisser les choix de Calgary en guise de compensation, et simplement réclamer O’Reilly au ballottage, à moins qu’une autre équipe ne le fasse avant.

Disons qu’à partir de ce moment, la crédibilité de Jay Feaster a été un peu ternie. Par contre, cela ne l’a pas empêché de continuer à transiger avec ses pairs. Il a même conclu un échange avec l’Avalanche, l’été suivant, retournant Alex Tanguay au Colorado.

Mais le plus beau dans tout ça, c’est que Jay Feaster a été remplacé ensuite par… Brian Burke.

Avec lui, les fans des Flames pouvaient dormir sur leurs deux oreilles, pas question que celui-ci dépose une offre hostile, n’est-ce pas?

offre

En conclusion...

Photo : Crédits photo : Getty Images

Après ce petit récapitulatif, on peut dire qu’une offre hostile représente toujours un pari risqué. En raison des choix envoyés (les Flyers seraient privés de Sanheim et Provorov, s’ils avaient compensé Nashville pour les services de Weber) certes, mais aussi parce qu’il est difficile de savoir comment les autres directeurs généraux interpréteront la décision.

Il ne semble pas y avoir de règle non écrite claire. Certains DG regrettent amèrement leur décision, comme c’est le cas pour Holmgren, tandis que d’autres se défendent d’avoir simplement joué à l’intérieur des limites, et ont été capables de continuer à négocier facilement par la suite.

Comme quoi, oui, le recours à l’offre hostile peut être un facteur important pour déterminer la réputation d’un directeur général — mais en fin de compte, c’est seulement un seul facteur parmi tant d’autres.



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