Serena Williams

En cette journée internationale des droits des femmes, nous célébrons l’apport féminin dans toutes les sphères de notre quotidien et comme on parle de sport sur Balle Courbe (la plupart du temps), c’est évidemment le spectre qui nous interpelle le plus.

Une journée comme le 8 mars est un bon moment afin de prendre un petit recul et réfléchir sur les positions de notre société sur plusieurs dossiers. L’écart salarial entre les hommes et les femmes en est un qui ne se règle pas assez vite à notre goût. Même s’il est deux fois moindre qu’il y a quarante ans à l’échelle du pays, l’écart est encore bien réel alors que le salaire moyen des hommes est supérieur de 16 000 $ à celui des femmes.

Il y a encore pas mal de travail à faire.

Le monde du sport touché

Dans le monde du sport, la réalité est toute autre puisque les salaires sont souvent dictés par l’affluence du public et l’intérêt des publicitaires. Ainsi, les ligues majeures masculines sont à l’avant-plan et c’est sans surprise que la seule femme présente sur la liste des 100 athlètes les mieux payés en 2019 est Serena Williams au 63e rang.

Serena Williams est une énorme vedette et elle est devancée par plusieurs joueurs de la NFL et de la NBA que vous ne seriez pas capable d’identifier pas dans la rue.

Un autre exemple frappant est celui du soccer féminin au Canada. Diana Matheson, une joueuse de l’équipe nationale, parle des difficultés financières des femmes qui, même si elles sont de l’élite mondiale, doivent parfois habiter chez leurs parents pour arriver à la fin du mois. Matheson, qui évolue dans la NWSL, a raison de lever un drapeau. Le salaire minimum d’une joueuse de la NWSL est de 15 750 $ tandis que le salaire maximal est de 44 000 $. Aucun joueur de l’Impact de Montréal, par exemple, ne gagne moins de 54 000 $ par saison.

Oui, la NWSL n’a pas l’envergure de la MLS, mais le niveau des athlètes n’est pas moindre et on pourrait dire qu’à travail égal, il faut un salaire équivalent. Les joueurs de la USL (la ligue sous la MLS) gagnent en moyenne 30 000 $ par saison, souvent bien plus. Pouvez-vous dire sans broncher que la USL est plus populaire que la NWSL? Iriez-vous voir un match de la 2e ligue masculine avant la meilleure ligue féminine?

Ça, c’est juste le soccer. On ne vous parle même pas de l’état lamentable des finances des ligues féminines de hockey, même au Canada, et de la WNBA aux États-Unis.

Est-ce qu’il y a une solution?

Le problème, c’est que c’est un peu l’œuf ou la poule avec les ligues sportives féminines. Les salaires sont bas parce que les propriétaires n’injectent pas d’argent puisque les partisans ne se déplacent pas. Si les partisans ne se déplacent pas, les commanditaires ne dépensent pas pour la visibilité. Ainsi va le cercle vicieux des salaires féminins dans le monde du sport.

Pour ce qui est des athlètes amateurs qui se préparent pour les Jeux olympiques, par exemple, ça repose sur les épaules des fédérations sportives qui, elles, dépendent du financement gouvernemental. Encore là, peut-on demander plus d’argent aux contribuables pour les sports amateurs? Pas certain que la motion passerait sans heurt au conseil.

C’est une situation malheureusement épineuse dans la mesure où on peut exiger une parité salariale, mais elle sonnerait sans doute le glas des ligues féminines en raison de la rentabilité. Sans ligues pour offrir un travail annuel, difficile de demander à nos meilleures athlètes de se consacrer à leur sport quand il n’y a qu’une visibilité aux quatre ans en raison du cycle olympique. Nos joueuses de hockey et de soccer, notamment, vivent difficilement de leur sport — et ça, c’est quand elles en vivent. Peut-on vraiment exiger d’elles qu’elles s’y consacrent par bonté d’âme encore plus que ça?

Ça me semble absurde.

On pourrait bonifier les primes à la performance pour les Jeux olympiques, mais encore là c’est une méritocratie avec laquelle on ne règle qu’une petite partie du problème.

C’est plate à dire, mais des solutions magiques il n’y en a pas parce que l’argent mène le monde et, malheureusement, les sports féminins sont encore boudés. Donc, ils ne rapportent pas d’argent.

Des efforts à faire

Sans dire que c’est la faute du public — il faut avouer que nous avons une part de responsabilité avec notre intérêt qu’on porte aux sports féminins et à la couverture offerte sur nos plateformes médiatiques (Balle Courbe, inclus).

En évitant de tomber dans les accusations, disons qu’on pourrait faire un plus grand effort d’appréciation des ligues féminines.

Puisque c’est le 8 mars, rappelons-nous que les écarts existent encore et qu’ils sont souvent absurdes. Rappelons-nous de ça avec l’objectif d’améliorer la situation. Sinon la dénonciation serait vaine.



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