Les récents déboires d’Eugenie Bouchard ont lancé une drôle de tendance dans les médias québécois et dans la réaction du public francophone : on tourne le dos à la jeune Bouchard.

Soulevée en triomphe à pareille date l’an dernier, l’athlète de Westmount est rapidement devenue la coqueluche du Québec en raison de ses prouesses sur les courts, de son sourire charmeur et de la belle naïveté de la jeunesse qu’elle transporte au quotidien devant les yeux gourmands des objectifs et des caméras.

La « p’tite Bouchard », c’était l’éclair dans une bouteille qu’attendaient les médias du Québec pour relancer le tennis dans le quotidien des gens. Les diffuseurs souriaient, la Coupe Rogers à Montréal se frottait les mains d’anticipation et les vendeurs de raquettes et de jupettes se magasinaient déjà des piscines creusées pour les vacances estivales. Bref, du gros bonheur à l’ombre des succès d’Eugenie.

Un an plus tard, les sourires se font rares. Eugenie Bouchard collectionne les sorties hâtives comme elle accumule les selfies sur la plage et le Québec se désintéresse, les critiques bombent le dos en martelant leur clavier et la coqueluche est devenu un poids pour « notre » Québec.

Fini la représentante charmante, la fierté, l’extase de faire partie de l’élite aux yeux du monde.

Et si Eugenie Bouchard (sans accent, #AccentAiguGate) s’appelait plutôt Eugenie Cooper, par exemple, ou Eugenie Harper? Un nom anglophone à l’image de la jeune joueuse qui est beaucoup plus à l’aise dans la langue de Shakespeare en raison de son éducation dans la portion anglophone de la métropole.

Est-ce que le public québécois serait aussi réactif à ses succès? Milos Raonic, à ma connaissance, ne reçoit pas les mêmes foudres que Bouchard. Des chroniqueurs blasés ne consacrent pas un papier à traiter Raonic de « petit baveux », contrairement à Eugenie qui reçoit une brochette de traitements hargneux laissant présager le pire pour cette Jeanne d’Arc du sport de raquette.

La question est simple – si on ne lui avait pas imposé l’étiquette d’ambassadrice du Québec, quel impact d’Eugenie Cooper-Harper-Bouchard aurait-elle sur notre paysage médiatique? Ce n’est pas comme si elle cachait sa maîtrise plus approximative du français, même si on ne veut pas l’entendre.

Elle aurait le même sourire, la même naïveté, mais j’ai comme l’impression qu’on serait moins réactifs à ses déboires si elle ne portait pas sur ses épaules la prestigieuse réputation du « fait français du Québec ».



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