76ers

Les 76ers de Philadelphie sont en séries éliminatoires pour la première fois depuis la saison 2011-12.

C’est aussi la première fois qu’ils atteignent le plateau des 50 victoires depuis 2000-01, l’année où ils ont fait les finales, menés par le légendaire Allen Iverson. Ils avaient alors récolté 56 victoires. Cette saison, ils ont gagné 52 matchs. Ils ont presque égalé les performances d’une de leurs plus célèbres éditions.

Déjà.

Les 76ers, c’est la plus belle histoire de la saison 2017-18. Ils ne sont pas censés être aussi bons. Personne ne revient d’entre les morts aussi vite et aussi fort que ça.

Que s’est-il passé? Pourquoi suis-je aussi heureux pour une équipe qui n’est même pas la mienne?

Laissez-moi vous expliquer.

Sam Hinkie et son maudit processus

76ers

Crédits photo : Getty Images

Cette histoire-là commence en séries éliminatoires, en 2012. Les Sixers, jusque-là abonnés à la 8e place et aux séries de premier tour difficiles, ont décidé de tout péter et tout recommencer à zéro. Ils ont sacré l’entraîneur Doug Collins (aujourd’hui analyste à ESPN) et surtout leur directeur général Tony DiLeo dehors pour le remplacer par Sam Hinkie, qui était jusque là un pur inconnu.

Pour faire une histoire courte, Hinkie était alors l’adjoint de Daryl Morey, toujours à la barre des Rockets de Houston aujourd’hui (t’sais l’équipe avec la meilleure fiche dans la NBA, cette saison), et un des premiers apôtres des statistiques type moneyball (ou moreyball comme on dit au basket). Les légendes de son entrevue d’embauche disent qu’il est arrivé avec un cartable rempli de statistiques et une présentation PowerPoint qui n’en finissait plus.

Vous voyez le personnage.

La philosophie de Sam Hinkie était somme toute simple : statistiquement, il faut être le plus poche possible pour devenir le meilleur possible. Les marchés secondaires obtiennent des joueurs de franchise principalement au repêchage, donc si on veut former un Big 3 à la LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh (qui dominaient la NBA à l’époque), il faut être historiquement poche pendant trois ou quatre ans.

Trust the process, qu’il disait.

Sur papier, ça se tenait. Les Sixers sont alors graduellement devenus la risée de la ligue. Ils ont gagné respectivement 34, 19, 18 et 10 matchs pendant les quatre saisons suivantes. Je ne sais pas si vous le savez, mais 10-72 c’est la 3e pire fiche dans l’histoire de la ligue et c’est venu quatre ans après le début du Process.

Que s’est-il passé au juste?

Erreurs et malchances

C’est facile de défaire une équipe et d’échanger tout le monde pour des choix au repêchage, mais c’est pas mal plus dur de repêcher les bons joueurs par la suite.

La première année, Hinkie avait le 6e et le 11e choix au total. Il a jeté son dévolu sur Nerlens Noel, un pivot défensif avec un ligament antérieur croisé pété et le meneur de Syracuse Michael Carter-Williams. Le premier n’a pas joué de sa saison recrue et l’autre est devenu recrue de l’année pour se faire échanger contre un choix de premier tour l’année suivante (il était trop bon). Les Sixers récolteront d’ailleurs le fruit de cet échange au repêchage de cette année et il devrait se situer dans le top 10.

L’année suivante, Hinkie choisit le pivot Joel Embiid, unanimement considéré comme étant le meilleur joueur disponible. Philadelphie a pu le repêcher au 3e échelon parce qu’il souffrait d’une grave blessure au pied qui menaçait alors sa carrière. Embiid a manqué deux années complètes d’activité et est revenu pour devenir une force dominante… après le départ de Hinkie.

Au 10e échelon, il choisit Elfrid Payton, qu’il échange immédiatement à Orlando pour Dario Saric, un des 5 meilleurs joueurs disponibles…. qui vient cependant de signer un contrat de 3 ans en Turquie.

On est alors en 2014 et l’actionnaire majoritaire des Sixers commence à se demander si Sam Hinkie n’est pas en train de le scammer pour garder sa job.

Ça ne s’améliore pas en 2015, alors qu’Hinkie repêche Jahlil Okafor… un troisième pivot en 3 ans, avec le 3e choix au total. Non seulement il n’avait pas de place pour le jeune, mais Okafor n’avait lui-même pas envie de jouer à Philly pour deux sous.

On est en 2015-16, les Sixers finissent au fin fond du classement et Sam Hinkie se fait montrer la porte.  C’était il y a deux ans de ça.

Comment une équipe a pu se relever aussi vite d’une si longue descente aux enfers, me direz-vous?

J’y arrive.

La patience finit par porter fruit

76ers

Crédits photo : Getty Images

Et bien… Joel Embiid a fini par jouer.

Je me rappellerai toujours de sa première partie. C’était une rencontre présaison contre les Celtics de Boston. J’étais excité de savoir si Embiid était aussi bon que sa légende le voulait.

En trois possessions, Embiid réussit à passer un dream shake au vétéran Tyler Zeller, bloquer une tentative de dunk féroce de Jaylen Brown et à enfoncer un tir à trois points. Il ne jouera que 38 parties lors de sa saison recrue, mais c’était clair qu’il s’agissait du meilleur pivot repêché depuis Anthony Davis en 2012. Il est devenu presque instantanément une force dominante dans la ligue.

À la suite de leur saison de 10 victoires et 72 défaites, les Sixers se sont mérité le premier choix au total Ben Simmons, un meneur de 6’10 (c’est plus grand que Magic Johnson, ça) avec une confiance inébranlable en ses moyens et une lecture du jeu digne des plus grands joueurs à sa position. Simmons a raté la totalité de sa première saison dans la ligue après s’être fracturé le pied au camp d’entraînement, mais à l’âge de 21 ans seulement, il fait déjà des duels de feu contre LeBron James :

Simmons est badass à fond et il est une des raisons majeures qui explique les succès de son équipe.

Croyez-le ou non, les Sixers ont eu le 1er choix au total l’année passée aussi et ont choisi l’arrière Markelle Fultz, qui a fait bien rire de lui cette année en perdant inexplicablement sa capacité à réussir des tirs, mais ce dernier est de retour depuis quelques parties et fait fureur dans un rôle limité.

Mais y’a pas juste les choix au repêchage qui expliquent les succès des Sixers. C’est une équipe bien construite qui a bâti une culture d’équipe en prenant des paris sur des joueurs marginaux (à l’époque où ils étaient poches par exprès) qui se sont développés au-delà de toute espérance :

Robert Covington

Un sénior non repêché en 2013, signé pour combler un trou dans l’alignement. RoCo s’est vu offrir un temps de jeu illimité et la confiance de son entraîneur Brett Brown. Il est aujourd’hui titulaire et son apport 3 and D est indispensable à l’équipe. Il a été resigné pour 64 millions de dollars l’été dernier.

Dario Saric

Le gars parti faire du cash en Turquie au lieu de se taper un salaire de recrue en NBA, vous vous souvenez de lui? Il est arrivé la même année qu’Embiid et il a joué toute la saison. Il est évident qu’un joueur de sa trempe ne se satisfera pas d’un rôle en sortie de banc très longtemps, mais sa polyvalence, sa rigueur et son attitude ont eu un effet immédiat sur la culture d’équipe.

T.J McConnell

Une autre trouvaille dans le rack à barguines. Typiquement trop petit pour la NBA, un joueur d’une équipe adverse a dit à son propos lors de sa première saison : « McConnell. Bon kid. Il nous ferait un pas pire analyste vidéo ». Et pourtant, sans être extrêmement bon nulle part, McConnell est devenu un spark plug pour l’équipe entre deux shifts de Ben Simmons.  Il vole des ballons, il dirige l’équipe en transition, met des paniers à trois points au 4e quart. Ses coéquipiers s’amusent à l’appeler White Iverson.

Marco Belinelli

Un as à trois points signé au salaire minimum pendant le buyout seasonSon apport offensif et son expérience (Belinelli a gagné un championnat avec les Spurs en 2014) se sont fait immédiatement sentir.

Ersan Ilyasova

Le coéquipier de Belinello à Atlanta, signé à quelques jours d’avis pour des pinottes. Un joueur d’intérieur qui peut attaquer le panier comme tirer à trois points. Son rôle est purement en soutien, mais lorsqu’on l’oppose aux brigades substitues des équipes adverses, il tire toujours son épingle du jeu.

J.J Redick

Le nouveau président des Sixers Bryan Colangelo a donné un truck plein d’argent à un des meilleurs francs-tireurs à trois points de la ligue (23 millions pour un an, pas mal plus que sa valeur sur le marché) pour qu’il puisse venir compléter les efforts de Simmons et Embiid sur le terrain… et ça a porté fruit! Redick a fait 42 % de ses tirs à 3 points en 2017-18. Il redevient joueur autonome sans compensation cet été, mais si les Sixers se rendent loin en séries, il se pourrait que Redick leur accorde un rabais de courtoisie. Un vétéran de sa trempe, ça a fait son argent et surtout, ça aime gagner.

Une stratégie qui a fonctionné

76ers

Crédits photo : Getty Images

Vous voyez le modèle. Pour bâtir un club gagnant, il faut une stratégie, de la patience et aussi beaucoup de chance. Les Sixers ont eu tout cela depuis qu’ils ont décidé de repartir au bas de l’échelle en 2012. Et là, tout le monde les aime parce qu’on les a vu souffrir (parfois injustement et souvent justement) au long des années et qu’ils ont mérité plus que quiconque un break de défaites.

Mais la personne pour laquelle je suis le plus heureux, c’est leur entraîneur Brett Brown. Nommé par Sam Hinkie en 2012, Philadelphie était son premier boulot en tant qu’entraîneur-chef. Brown s’est tapé des années de vaches maigres, mais n’a jamais arrêté de croire en ses joueurs, de leur convaincre de l’efficacité de son système et de toujours envoyer au combat une équipe déterminée.

Pendant ses 5 premières saisons à la barre de l’équipe, Brown a cumulé un dossier de 109-301 et maintenant que ça va mieux, les fans et les  joueurs sont tellement devenus attachés à lui qu’on peut se demander s’il ne réussira pas éventuellement à franchir la barre des .500 comme entraîneur des Sixers. Il est déjà rendu à 161-339.

Mon équipe n’ayant pas fait les séries cette année, je soutiens les Sixers dans l’Est. Simplement parce que c’est la plus belle histoire de la NBA en ce moment.



Commentez cet article