Éric, le rédacteur en chef d’Urbania.ca, n’aime pas le hockey. Oh, il ne faut pas lui en vouloir, car il ne sait pas ce qu’il fait (10 points pour une allusion à Jésus). Et son jugement est discutable, c’est bien connu. Mais moi, j’aime le hockey, alors on a décidé de régler ça comme le font deux personnes qui passent leurs journées sur Internet: une foire d’empoigne virtuelle.

Pour lire son papier expliquant son non-amour du hockey, c’est ici.

J’aime le hockey parce qu’une fois, mon amie Eve a perdu connaissance pendant un match. ( Eve, c’est elle.) C’était un beau soir d’avril 2011, le 27 pour être plus exacte. Et honnêtement, il ne faisait pas beau du tout, si mes souvenirs sont justes. Et lorsqu’il s’agit de mon amie Eve et de PK Subban, mes souvenirs sont toujours bien piquants.

Septième match des séries, première ronde. Le Canadien affronte les Bruins de Boston, l’équipe du grand verrat qui avait tenté de tuer mon mari de l’époque, le gentilhomme Pacioretty, moins de deux mois plus tôt, provoquant chez moi un sévère arrêt-cardiovasculaire virtuel. Mais c’est une autre histoire, beaucoup plus tragique (mais finalement pas tant que ça).

Le 27 avril 2011, donc, troisième période et le Canadien tire du derrière. À moins de deux minutes de la fin, PK Subban, le héros des grands soirs, compte un magnifique but. Le bar louche qui charge le fromage sur les nachos où j’écoutais le match est en liesse. Tout le monde débout, les mains dans les airs, un vrai concert rock.

Et c’est à ce moment qu’une incroyable fissure dans l’espace-temps, accompagnée sans doute de l’intensité des celebrations post-but du petit Pernell, a provoqué la chute d’Eve. Mon amie Eve s’est évanouie. For real. Elle a perdu connaissance, comme une vraie princesse de la Rive-Sud, par terre au milieu du bar. C’était grandiose.

J’aimerais vous dire que je me suis précipitée à ses côtés pour mourir un peu à mon tour, mais non. J’ai plutôt choisi l’option de continuer à célébrer. C’est que, voyez-vous, la petite dame en question a un historique de donner un break à ses jambes lorsqu’elle s’esclaffe. Mais cette fois, point de blague. L’émotion du moment, sans doute aussi un mauvais apport en protéines, un triple low-five, et la voici évanouie. Un souvenir comme il s’en fait peu.

Alors j’aime le hockey. Je l’aimais déjà avant le 27 avril 2011, la preuve: j’avais un poster de Vincent Damphousse dans ma chambre à l’époque de la dernière conquête de M. Stanley. Mais ce soir-là, une force nouvelle s’est installée en moi. Si Eve avait assez de passion en elle pour faire une sieste involontaire à deux minutes de la fin de troisième période, je pouvais bien, moi aussi, mal choisir mes batailles dans la vie et aller de l’avant avec une obsession toute québécoise.

J’ai bien tenté de boycotter le circuit Bettman lorsqu’à l’automne 2013, un coup de poing envoya la moustache de George Parros et son propriétaire au tapis dès le premier match de la saison régulière du Canadien. Mais c’est plus fort que moi. I still care, comme dirait Brandon Prust.

P.S. J’ai volontairement choisi d’omettre le dénouement de cette partie. C’est que quelques instants plus tard, alors qu’Eve avait encore de la slush dans les cheveux, Nathan Horton mit fin au débat, pour utiliser ici un cliché bien usé. Quel ingrat.



Commentez cet article