Comme beaucoup de gens, je suis le genre de personne qui trouve que le patinage artistique est à son meilleur quand l’athlète rate son saut, doit se relever et continuer à patiner avec un sourire figé en faisant comme si ne rien n’était (je vais probablement aller en enfer pour ça, mais ça me fait vraiment rire).

Comme beaucoup de gens aussi, je me suis vraiment intéressé au patinage artistique seulement en 1994, parce que peu de temps avant les Jeux, Nancy Kerrigan s’était fait péter un genou par un goon, et qu’on a rapidement découvert que c’était dû à un complot ourdi par l’ex-mari de sa rivale Tonya Harding.

Ça avait aussi donné lieu à cette vidéo qui est une pièce d’anthologie.

Au final, malgré l’attaque épouvantable qu’elle avait subie, Nancy Kerrigan avait réussi à décrocher la médaille d’argent, et Tonya Harding, après avoir dû recommencer sa routine à cause d’un incident de lacet, avait terminé en huitième place. Par la suite, Tonya Harding avait été radiée de son sport et a connu une post-carrière de célébrité trash, contrainte à se tourner vers la boxe professionnelle et des sports-spectacles comme la lutte.

Fasciné par cette saga, je me suis garroché au cinéma pour aller voir le film I, Tonya, qui retrace la vie de celle qui est devenue un punchline de la culture populaire. Un film sur la patineuse redneck qui a fait péter la jambe de sa rivale? Eille, ça va être drôle!

Yiiiiish. Mettons que I, Tonya, c’est plutôt une comédie noire.

On découvre que la pauvre Tonya l’a vraiment pas eu facile. Abandonnée par son père et élevée par une mère distante, sévère et qui n’hésitait pas à la bardasser, elle a marié le premier gars qui lui a fait de l’œil, et leur relation est rapidement devenue toxique. Malgré son talent sportif, elle se faisait regarder de haut par un milieu où les apparences comptent pour beaucoup, et c’est pas facile de passer pour une princesse quand tu viens d’un milieu white trash et que t’es prise pour confectionner toi-même tes costumes avec les moyens du bord.

Pire encore, si on se fie au film, elle n’a jamais comploté pour que sa rivale, la petite-fille-de-riche Nancy Kerrigan, se fasse exploser le genou. C’est son imbécile d’ex-mari et son tata d’ami qui ont manigancé tout ça. Elle est devenue complice du complot contre son gré et ça a fait dérailler sa carrière, et sa vie (qui n’était pas rose du tout avant que la marde pogne).

I, Tonya est un film assez violent. C’est un choix assez courageux de représenter de manière aussi directe tout ce que Tonya a subi, au point où on se met à trouver incroyable qu’elle ait pu se rendre aussi loin – au sommet de son sport pendant un moment! – compte tenu des circonstances. Il y a de la violence physique en masse, mais la violence psychologique est aussi assez pesante; Tonya est traitée comme de la schnoutte par sa mère, qui pense bien faire en se disant que ça va l’endurcir; elle est maltraitée par son ex-mari, un crétin de première; elle est même traitée comme une criminelle par les autorités alors qu’elle n’aurait jamais voulu être mêlée à toute cette histoire sordide.

Une des scènes les plus fortes du film montre une Tonya isolée dans son vestiaire, clairement en proie à la panique et la dépression, à deux doigts d’exploser, qui doit elle-même se maquiller et se préparer pour aller performer dans quelques minutes, t’sais, aux Jeux Olympiques. Ça a lui a pris un courage exceptionnel pour surmonter toute la tempête dont elle était au centre contre son gré.

Sur une note un peu plus positive, les scènes de sport sont excellentes. La caméra nous met au cœur de l’action et souligne combien c’est vraiment pas facile, le patinage artistique. Même les scènes de boxe vers la fin du film sont du calibre de celles de Creed, et c’est tout un compliment.

Gang, allez voir ce film. C’est important de comprendre ce qui a pu se passer dans la vie des athlètes qu’on regarde à la télé chaque jour, et ce qui peut se passer dans leur tête avant, pendant et après leurs performances. Mettons que ça peut nous retenir de traiter quiconque de maudit choker pendant un boutte. C’est un film tellement puissant qu’il a fait vivre des émotions à quelqu’un que je connais qui n’a pas d’âme.



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