jonathan drouin

Le sujet est sensible. Jonathan Drouin désire donner une seule entrevue et passer à autre chose. On lui demande avec qui il veut avoir la conversation. La réponse est Chantal Machabée, notre collègue à RDS.

La journaliste est une de celle qui compte le plus d’expérience dans la boîte et tant mieux, puisque ça prend un certain doigté. « Ce n’était pas une entrevue sur les statistiques », rappelle d’ailleurs Chantal d’emblée.

On établit les règles du jeu quelques minutes seulement avant l’entrevue. Il devait s’agir d’une discussion d’une 30aine de minutes. Ce n’est plus le cas. L’agent de Jonathan Douin, Allan Walsh, ne veut pas faire de cet événement un gros spectacle. L’entrevue durera une 15aine de minutes.

Avant de débuter, Chantal parle avec Jonathan, qu’elle connaît depuis l’enfance de celui-ci. Elle lui demande jusqu’où il veut aller. Y’a-t-il des détails qu’il veut garder pour lui? Drouin trace la ligne.

« Et j’ai tenu à respecter ça à 100%. Je salue le courage que Jonathan a eu de bien vouloir parler des problèmes qu’il a dû combattre. Un joueur de hockey, c’est tough. Ça joue blessé et ça ne se plaint pas. Jonathan a eu le courage de s’écouter et seulement ça, ça vaut la peine de le souligner », souligne Chantal.

Habituée de traiter ses reportages avec une lunette sportive, l’exercice était différent, cette fois. « Habituellement, mon travail est de savoir la vérité, de trouver la meilleure histoire possible et de prendre les moyens pour y parvenir. Cette fois, c’était différent. Le respect va à l’athlète qui accepte de se confier. En aucun cas, j’aurais franchi une ligne que Jonathan avait tracé », ajoute la journaliste.

Chantal trouvait aussi important de mettre fin aux rumeurs qu’elle qualifie de « débiles ». « Je savais que ce qu’on pouvait lire sur les réseaux sociaux était tout à fait farfelu et c’était une occasion pour Jonathan de remettre les pendules à l’heure. »

Pas de jeux vidéo si Jonathan marque

Elle-même mère de deux jeunes adultes, la femme derrière la journaliste affichait-elle une compassion inhabituelle envers l’athlète qu’elle interviewait à l’autre bout du micro? « Peut-être, mais ce n’est pas à cause qu’un de mes fils a pratiquement le même âge que Jonathan. Ça m’est arrivé à moi aussi. J’ai connu la dépression et j’ai fait des crises de panique, alors je peux comprendre la réalité de Jonathan et je trouvais que c’était important qu’il puisse en parler. »

Un des fils de Chantal a joué son hockey mineur contre Jonathan Drouin. Elle s’est remémorée le jeune garçon un peu trop bon pour tout le monde avant le début de la conversation.

« Quand Jonathan jouait contre l’équipe de mon garçon, il comptait six ou sept buts à chaque match. Un jour, le père de mon fils lui a dit à la blague qu’il ne pourrait pas jouer aux jeux vidéo si Jonathan marquait encore six ou sept buts contre son équipe. Jonathan a évidemment marqué six ou sept buts. Mon fils a fait remarquer à son père qu’il en avait seulement inscrit un ou deux contre lui-même sur la patinoire. Il a pu jouer aux jeux vidéo et j’ai parlé de cette anecdote à Jonathan avant de commencer l’entrevue », raconte Chantal en riant.

Plus d’empathie?

Va-t-on être tenté en tant que partisan ou membre des médias sportifs montréalais de mettre la pédale douce dans l’analyse des performances des Jonathan Drouin, cette saison?

Chantal Machabée ne croit pas : « Les médias sont là pour évaluer les performances sportives des athlètes et ça, ça ne changera pas. Les partisans paient le gros prix pour aller voir les matchs du Canadien et ils ont le droit de critiquer s’ils ne sont pas contents du spectacle. Il faut juste faire attention pour ne pas tomber dans les bassesses qu’on a vues, comme le traiter d’es** de pourrit », image-t-elle.

Oui, oui, Chantal peut sacrer.



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