Dans la vie, il y a être poche dans quelque chose (moi qui essaie de jouer au hockey, par exemple), et il y a être tellement poche qu’on établit un standard de médiocrité à ton nom. Comme dans l’expression : j’ai franchi la ligne de Richard Martineau, lorsqu’il est question de mauvaise foi intellectuelle.

Au baseball, ce standard existe aussi et il porte un nom : la ligne de Mendoza, en l’honneur de Mario Mendoza, qui a joué pour les Pirates, les Mariners, et les Rangers entre 1974 et 1982. Il est aussi membre du Temple de la renommée du baseball mexicain, depuis 2000.

Alors, comment un joueur qui a réussi à durer huit ans dans les majeures, en plus d’être intronisé au Temple de la renommée mexicain, peut-il avoir donné son nom à un standard de médiocrité?

Voyez-vous, Mario avait une grande qualité : celle de jouer à l’arrêt-court, l’une des positions défensives les plus difficiles. Et il se débrouillait quand même pas mal. Le problème de Mario était plus tôt au bâton, alors qu’il a terminé sa carrière avec une ronflante moyenne… de .215.

C’est, disons, pas vraiment bon. Tellement qu’il fut décidé qu’à part pour les lanceurs, tout joueur de position, aussi bon fût-il, devait frapper en haut de .200 pour justifier sa présence dans les majeures. En bas de ça, reste chez vous, ça ne vaut pas la peine.

L’expression en tant que telle est née en 1979 (cette année-là, Mendoza a frappé pour .198), alors que deux de ses coéquipiers chez les Mariners, Bruce Bochte et Tom Paciorek, se sont mis à crier des noms à George Brett, qui jouait pour les Royals et qui avait un début de saison difficile. On lui aurait dit de faire attention de ne pas franchir la ligne de Mendoza et Brett a répété l’expression à un journaliste d’ESPN, et comme on sait que les journalistes sportifs adorent répéter sans cesse les mêmes clichés, l’idiome s’est répandu comme une traînée de poutre dans l’œil d’un borgne.

Par contre, Mendoza a de la compétition cette année en la personne de Chase Utley, qui frappe pour .158 avec les Dodgers. Mais, comme il a commencé l’année avec les Phillies, on lui pardonne.

Un peu.



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