Les Blue Jays vont bien en torpinouche. Pour certains, le fait d’avoir un lanceur de balles papillons, ou knuckleballs, en la personne de R.A. Dickey est un gros plus. Mais, la majorité des gérants du baseball majeur ne sont pas de cet avis. Pourquoi ? Parce que philosophiquement, ce type de lancer va contre tous les principes de la gestion du jeu sur le terrain : contrôle ce que tu peux contrôler, et l’équipe qui commet le moins d’erreurs risque de l’emporter.

Or, déjà qu’en temps normal un lanceur doit composer avec le risque plus ou moins élevé de rater son lancer, il faut ajouter à ça une variable de taille : même si une balle papillon est bien exécutée, on ne sait tout simplement pas où elle va aller. Cela constitue donc un risque autant pour le lanceur qui peut, sans le savoir, placer une balle relativement lente en plein cœur du marbre (bonsoir, elle est partie!), que pour le receveur qui ne sait tout simplement pas où elle va arriver. Parlez-en à Russell Martin, le receveur des Blue Jays, qui a même dû s’acheter un gant plus grand pour éviter d’en échapper…

Si personne ne sait vraiment où ira la balle papillon lorsqu’elle est lancée, c’est qu’en plus d’être en porte-à-faux avec les grands principes philosophiques du baseball, elle fait aussi appel à des forces physiques qui sont contraires à tous les types de lancer normaux : l’absence de rotation.

Normalement, le lanceur fait tourner la balle d’une certaine manière, dépendant du type de lancer, ce qui influe sur la trajectoire du tir. Par exemple, pour une rapide, on fait tourner la balle vers l’arrière, ce qui donne l’impression au frappeur que celle-ci reste suspendue dans les airs pendant qu’elle de dirige vers le marbre à 95 miles à l’heure. Une balle papillon? Aucune rotation. Nada. Nicht. Pantoute. Cela a pour résultat de créer une trajectoire totalement aléatoire, la balle semblant voltiger comme un petit papillon vers le marbre, ce qui a pour résultat de mettre le frappeur en beau tabwère parce qu’il ne peut pas prévoir par où elle va passer.

C’est pas mal chien pour le frappeur, qui s’élance dans le beurre sur une balle très lente. Et comme personne n’aime  avoir l’air fou devant 53 458 spectateurs… (Sauf quand tu es une mascotte, mais ça, c’est ton travail, ça ne compte pas!)

La bonne nouvelle pour les frappeurs et pour les gérants? C’est un lancer qui semble en voie de disparition puisqu’il n’y a, présentement, que deux lanceurs capables d’un tel tir dans les majeures, et aucune recrue ne semble l’avoir dans son arsenal.

Si ça vous intéresse pour vrai et que vous n’avez pas lu ce texte parce que vous êtes ma mère, ou un ami qui veut me faire plaisir, je vous suggère l’excellent documentaire Knuckelball!



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