Ligue de garage

Vous auriez aimé jouer dans la LNH? Ça ne s’est pas produit. Dommage.

Vous vous êtes donc rabattus vers les ligues de bières. Le plaisir est le même, le salaire, un peu moindre. Si vous enfilez les patins le mardi soir à 22h, vous êtes un des personnages suivants.

Lequel êtes-vous, au fait?

Le goon

Dans la LNH, ce type est apprécié de ses coéquipiers. Ce n’est pas le plus gros, mais il va à la guerre pour ses coéquipiers. Il est le premier à défendre le gardien de but. La foule l’acclame et l’entraîneur supplie son directeur général de lui offrir un nouveau contrat. Un gars important dans la chambre, sans doute!

Dans la ligue de garage, les bagarreurs, on vous méprise un peu. Vos coéquipiers ne comprennent jamais vraiment pourquoi vous vous êtes fâchés, le gardien de but ne s’est même pas aperçu du dit incident et bon… il n’y a pas de foule, pas d’entraîneur et pas de directeur général. Et l’importance de la chambre? Très modeste, lorsque tous les joueurs arrivent 7 minutes avant le match.

Quel point ont en commun les bagarreurs de la ligue du mardi soir? Ils se justifient : « J’ai tu bin faite le gros han! Il va s’en rappeler la prochaine fois qu’il me fait tomber! M’en allais en échappée moi-là-là. »

Un gars t’as fait trébucher, c’est navrant, mais tu ne peux pas lui servir un cross check en plein visage et le menacer de d’éclater ses vitres de voitures dans le stationnement.

Le leader

Il est indispensable! Jamais le meilleur joueur, mais le plus utile. Son seul défaut? Avoir amené le goon dans l’équipe. Mais bon, ce sont des amis d’enfance et il répète que le sport lui fait du bien.

Le leader cherche les remplaçants! Vous réalisez l’ampleur de la tâche de trouver des remplaçants quand deux défenseurs et trois attaquants ont découvert que le bout du nez leur piquait, trois heures avant un match en pleine tempête un soir de janvier.

Le leader s’occupe du tournoi annuel. Il réserve les chambres d’hôtel, il loue le minibus, déniche les chandails, va acheter des gourdes chez Canadian Tire parce que son ailier droit les a oubliées chez lui. Il va même te concocter un document Word avec les statistiques de tous les joueurs à la fin de la saison.

Le leader n’est pas le meilleur pointeur de l’équipe, mais il est le seul à backchecker contre l’équipe beaucoup trop forte en fin de troisième période avec un pointage de 7 à 1. Le gardien l’apprécie, d’ailleurs.

Si le leader s’envoie lui-même en même en fusillade en demi-finale du tournoi de Thetford… c’est bien tant mieux! Il va tenter une feinte de trop et finir à quatre pattes dans le gardien. Vous allez perdre la rencontre, mais il sera le premier responsable de tout le plaisir que vous aurez eu durant le week-end.

Le frais chier

Il aurait donc aimé évoluer sous les projecteurs, le frais chier. Il n’est pas mauvais, mais il veut plus qu’il peut, disons ça comme ça.

Il s’est acheté une visière teintée qui empêcherait sa propre mère de le reconnaître. Avec un protecteur buccal blanc. Il a des patins noirs et blancs avec la languette avant du patin sortie et courbée. Il a vu Saku Koivu mettre du ruban sur le talon de sa palette en 1997. Il l’a imité dans le pee wee et n’a jamais changé depuis.

Subtilement, il se regarde tourner dans la baie vitrée durant l’échauffement pour s’assurer que la moitié de son chandail est encore dans ses pantalons. À 12 ans, ça va, à 53… décroche.

Comme le frais chier est capable de marquer un beau but une fois de temps en temps, il ne lésine pas dans les célébrations. Il fait un chut avec son doigt au chauffeur de la Zamboni, avant de demander au marqueur de se lever en triomphant! Il termine en mettant l’épée dans le fourreau au centre de la patinoire.

On soupçonne aussi le frais chier d’être celui qui a soufflé à voix basse à l’arbitre : « J’ai une passe sur le dernier but. »

Le gars trop fort

Lui il est bon! Son aura se ressent dans la chambre des joueurs de l’équipe adverse avant le match : « Ça l’air que le 32 l’autre bord a joué trois ans pour les Tigres de Victoriaville à compter de 2004. Il a joué deux ans dans la East Coast après! »

D’ailleurs, avez-vous remarqué que les gars de ligues de bières trop forts ont tous joué dans la East Coast à un certain moment?

Le gars trop fort a ses vielles culottes des Tigres de Victo. Il joue à la défense, sans épaulette et il fait des passes, des passes, des passes, des passes.

Il a 8 buts et 56 passes en 14 matchs. Tu le regardes te contourner comme si tu patinais dans le sable et tu te dis : « Je ne peux pas croire que Sidney Crosby est meilleur que ce gars-là. »

Le gars trop fort laisse des chances à l’équipe adverse. Il n’a pas le choix, parce qu’il n’aura plus le droit de venir jouer, sinon. Sauf que lorsque le pointage est égal en fin de match, le gars trop fort traverse la patinoire et décoche un tir des poignets, un pouce en-dessous la barre horizontale. Le match est terminé!

La strap de son vieux casque de ses années pro est jaunie. Il n’a plus le temps de jouer « pour vrai » alors il prend son vieux stock.

Le gars qui essaie

Le gars qui essaie s’est découvert une passion pour le hockey à 27 ans. Avant ça? Le hockey ne lui disait rien. Il savait que Carey Price était bon, c’est à peu près ça.

Puis tout à coup, boom! Une passion dévorante pour le hockey. Il s’est gossé un équipement de hockey avec les retailles usagées de ses amis. Il joue à l’avant, mais avec le masque de Chris Osgood et des pantalons de hockey qui descendent jusqu’aux patins. D’ailleurs, le gars qui essaie méprise un peu le frais chier. Le gars qui essaie connaît sa valeur.

Le gars qui essaie ne rate jamais une rencontre. Quand il a commencé, en 2017, il ne savait pas freiner en parallèle. Lorsqu’il tentait un tir frappé, il appliquait un angle obtus à sa palette pour faire lever la rondelle. Il était capable de patiner de reculons, à condition de freiner avant d’effectuer un pivot.

Trois ans plus tard, le pivot est plus fluide. Il a même marqué une couple de buts, qu’il a célébré avec une fierté contagieuse chez ses coéquipiers.

Le gars qui essaie réalise qu’il aurait donc aimé jouer au hockey dans sa jeunesse : « J’aurais peut-être été pas pire », dit-il avec une bière après le match.

Il aurait peut-être même été au Tournoi pee wee de Québec. C’est peut-être pour ça que le gars qui essaie est aussi content quand il marque un but.



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