lutte

Je ne suis pas un critique littéraire. Habituellement, je me contente de donner mon avis sur des autobiographies de lutteurs ou autres ouvrages du genre. On n’est pas dans la même recherche de sophistication littéraire que dans un roman, d’habitude.

Bref, il faudra prendre cette critique de La lutte, le dernier roman de Mathieu Poulin (Des explosions) avec un grain de sel gros comme les biceps de John Cena.

Ceci étant dit, je vais faire de mon mieux pour donner mon avis de syndicaliste qui tripe sur la lutte et qui lit beaucoup. On dirait que ce livre a été écrit pour moi.

NDLR : L’auteur de ce roman est également co-animateur du podcast Le Petit paquet, produit par notre partenaire RDS et auquel participe également notre collègue Stéphane Morneau. Mais j’ai jamais croisé Mathieu Poulin de ma sainte vie, alors ça ne devrait pas trop affecter mon jugement. 

Qui sont les VRAIS méchants?

La lutte met en scène Étienne Renaud, aka le Professeur Douleur, un lutteur professionnel qui se retrouve dans le pétrin quand il se blesse, le laissant sans revenus pendant une longue période.

Comme les malheurs viennent toujours en tag team, Étienne est également aux antipodes de son personnage; si, dans le ring, il incarne un personnage menaçant et sûr de lui, dans la vie, il peine à s’affirmer, à la merci de sa propre vie.

Tout cela va devoir changer alors qu’il décide, sous la pression de son ami pour qui le militantisme est un mode de vie, de mettre sur pied un syndicat au sein de la FLASH, la Fédération de Lutte Actuelle de Saint-Henri.

Sauf qu’à la lutte, TOUT doit se passer dans le ring et se régler à grands coups de chaise. C’est ainsi que le Professeur Douleur va devoir affronter son éternel rival et champion de la FLASH, le Gros Bon Sens, dans un combat où l’avenir des travailleurs de la FLASH est en jeu.

Ça peut sembler fake, mais dans la vie comme dans le ring, comment savoir ce qui est vrai?

Un VRAI problème

Même si je n’avais pas su qui est l’auteur Mathieu Poulin, le choix des thèmes abordés dans ce roman aurait suffi à me convaincre qu’il est un vrai amateur de lutte.

Parce que la question du traitement des lutteurs fait écho à ce qui se déroule dans la vraie vie au sein de la WWE.

Depuis des années, les lutteurs parlent à mots semi-couverts de la nécessité de se doter d’un syndicat pour protéger leurs intérêts. En ce moment, les lutteurs embauchés par la WWE (et par la plupart des fédérations de lutte) sont traités comme des entrepreneurs indépendants qui fournissent des services à l’entreprise.

Bref, ils ne sont pas des salariés, si bien qu’ils sont seuls responsables de leur assurance maladie, de leur fonds de retraite, même de leurs déplacements. Qu’importe que la WWE leur interdise de travailler pour n’importe qui d’autre; ils sont quand même considérés comme des travailleurs autonomes.

La lutte décide de faire écho à cet enjeu réel en campant l’action dans une fédération plus modeste de St-Henri. Bon, on pourrait se permettre de douter qu’une fédération à St-Henri ait les moyens de payer un salaire qui permette à des lutteurs d’en vivre, mais comme à la lutte, il faut faire preuve d’un peu d’ouverture d’esprit par rapport à la « vérité ».

Un roman qui n’est pas réservé qu’aux VRAIS fans de lutte

Si vous lisez cette critique et que vous vous dites : « Ouin, mais moi je ne suis pas fan de lutte, ça va-tu m’intéresser pareil? », ben je suis surpris que vous ayez décidé de cliquer sur un texte qui porte sur un roman qui s’appelle La lutte.

Mais oui, le roman risque de vous plaire quand même.

D’une part, Poulin vulgarise les grands concepts de la lutte de façon assez claire et succincte pour s’assurer que les néophytes comprennent les principes de base, sans pour autant assumer ceux qui maîtrisent déjà le vocabulaire luttien.

Mais surtout, La lutte, contrairement à ce que laisse entendre le titre, n’est pas vraiment un roman qui ne porte que sur la lutte professionnelle. C’est aussi un roman sur la difficulté de s’affirmer.

C’est un roman qui se questionne sur le syndicalisme, qui tente lui aussi de trouver l’équilibre entre le juste traitement des travailleurs et les risques inhérents au syndicalisme.

La lutte est également une œuvre qui soulève des interrogations sur notre rapport à la vérité. À l’heure où le spin médiatique vaut plus que la vérité, qu’est-ce qui est le plus fake : la lutte ou la vie?

Le texte de Mathieu Poulin soulève toutes ces questions, mais surtout, il réussit à les rendre aussi intéressantes qu’un match entre Daniel Bryan et Adam Cole.

Pas mal, quand même.

Mais qu’est-ce que j’en pense VRAIment?

C’est bien beau tout ça, mais qu’en ai-je pensé vraiment?

C’est le temps de faire un Dave Meltzer de moi-même, et d’attribuer des étoiles à cette œuvre.

La lutte a trouvé un écho puissant chez moi, mais il faut aussi avouer que ce livre semble avoir été écrit pour moi personnellement : je suis un amateur de lutte, j’aime la littérature (et Les Éditions ta mère, qui publie ce titre, est probablement ma maison d’édition préférée) et je me questionne constamment sur la société, en tant que gauchiste syndicaliste qui désespère sur le sort du monde.

À plusieurs égards, même le personnage principal me ressemble un peu, étant tous deux hommes promis à un avenir universitaire qui ont fui le milieu académique pour se consacrer au monde du divertissement.

Tous les lecteurs résonneront-ils à ce roman avec la même force? Difficile à dire.

La ligne entre le réel et la fiction devient parfois difficile à suivre. Au début, on établit clairement que la lutte, c’est prédéterminé. Mais plus l’œuvre avance, plus il devient difficile de savoir si les affrontements dans le ring sont arrangés ou non.

Mais en même temps, cette relation floue avec la vérité était clairement voulue par Poulin. C’est probablement le thème central de l’œuvre.

Alors oui, La lutte est un roman réussi, et qui donne à la lutte professionnelle les lettres de noblesse artistique qu’elle mérite.

Note finale : 4 étoiles Meltzer sur 5 (j’aurais donné 5 étoiles si le roman s’était déroulé au Tokyo Dome).



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