J’ai commencé à écouter la lutte à l’âge de 12 ans. J’atteindrai bientôt le triple. Autrement dit, ça fait depuis le deux tiers de ma vie que j’écoute la lutte. Environ 66 % de ma vie a été consacré au rêve d’aller voir un Royal Rumble.

Ce n’est pas un rêve si difficile à atteindre; on n’a besoin que d’une carte de crédit. Je ne sais pas pourquoi j’ai tant tardé, je pense que je n’étais pas game. J’avais peur qu’une fois ce dernier élément rayé de ma bucket list, que je n’aie plus de buts dans la vie!

J’ai ensuite vécu un accident qui m’a fait réaliser que la vie est courte. À la volée dans un autre texte sur URBANIA, j’ai mentionné que j’aimerais aller voir un Rumble. Une bonne connaissance m’a contacté et la suite peut se deviner aussi facilement qu’un match avec John Cena en 2011.

En 2018, j’ai accumulé des revenus totaux pouvant s’écrire avec seulement quatre chiffres. Voir un Royal Rumble dans ma vie est tellement important que j’ai pris une portion significative de mon compte de banque pour ce voyage. Pour réduire les frais au maximum, je me suis réveillé à 3 heures du matin à Montréal pour assister à NXT Takeover de l’autre côté du continent le soir même.

Voici comment ça s’est passé pour moi :

Assister à de la lutte sur la côte ouest

Lorsque j’étais à Wrestlemania XXVIII à Miami, je dormais à South Beach. La petite île vibrait d’une ambiance de lutte. On allait dans des bars et une impressionnante proportion de la clientèle portait des t-shirts de lutte.

Il y avait une fébrilité omniprésente dans l’air avec une assistance de 78 363 personnes pour l’évènement.

À Phoenix, avec environ la moitié de ces personnes présentes pour voir le Royal Rumble, la ville qui couvre une plus large superficie que South Beach n’était pas autant en feu. Le bâtiment le plus festif du quartier de mon hôtel, juste au sud du stade, ressemblait à celui-ci :

Cela ne m’a pas empêché d’être au fait que j’allais enfin assister à un Royal Rumble!

De la grosse lutte d’après-midi

À Montréal, pour les gros évènements, nous sommes habitués à ce que le pre-show commence à 18 h et que la carte principale s’ouvre à 19 h.

En Arizona, l’heure indiquée sur les billets était 16 h 30 pour NXT Takeover et 16 h pour le Royal Rumble. C’est encore l’après-midi. Ça a du bon et du moins bon.

Le bon étant qu’après NXT, j’ai pu souper pour ensuite me coucher tôt pour être en forme le lendemain. Aussi, le très long Royal Rumble a terminé à une heure raisonnable pour nous.

NXT Takeover: Phoenix

Alors que j’étais réveillé depuis 15 heures et demie avec deux vols d’avion dans le corps, toute cette fatigue s’est dissipée à l’instant où je suis arrivé dans les gradins.

Le Talking Stick Resort Arena est un stade fermé isolé de l’ambiance extérieure. On oublie qu’on est l’après-midi. Les spectateurs déjà en feu se crinquaient à coup de Woooo et autres bruits de bouche qu’on peut entendre au Centre Bell, mais comme si tout le monde avait bu quatre Red Bull.

Ce qui est cool de NXT c’est que bien que la production soit signée par la WWE, plusieurs éléments la distinguent des autres propositions de la compagnie. Par exemple, l’assistance a parfois échangé le bon vieux Holy shit! par Mamma mia! pour démontrer notre amour de Mauro Ranallo. On l’aime-tu rien qu’un peu! Il a même reçu une ovation debout à son entrée!

Quel show ce fut! Les maîtres du cercle carré n’ont pas laissé le temps au public de s’ennuyer. Les deux matchs de la précarte que vous verrez bientôt sur vos écrans ont réussi à réchauffer le public qui ne s’attendait à rien de moins.

Avec l’entrée originale des War Raiders, NXT Takeover : Phoenix a démarré en lion. Ils nous ont fait crier « War! War! War! » comme si nous allions à la guerre dans Braveheart.

J’essaie encore de me remettre de ce premier match contre Undisputed Era! Je pense que je n’y parviendrais jamais!

Voir les deux hommes d’un gabarit imposant faire autant de prouesses était renversant! Je n’arrive pas à croire que j’ai vu Rowe garrocher Roderick Strong en pleine face de Kyle O’Reilly comme s’il était une poupée de chiffons!

Un match dans lequel on a crié « fight forever » tellement l’athlétisme de Hanson nous a emportés!

Le début était incroyable. Le milieu était renversant. Ce qu’on croyait être le finish était majestueux et le finish était impressionnant!

La suite s’est déroulée comme on se l’attend d’un Takeover. Johnny Gargano qui pige dans son côté sombre pour gagner la NXT North American Championship de Ricochet est une histoire que tous les fans ont facilement saisie.

NXT peut se permettre un produit plus fin parce que toutes les personnes sous le toit sont en mesure de comprendre les codes de la lutte. Ainsi, Gargano n’avait pas besoin de se déchaîner en cinglé sur Ricochet pour que l’on comprenne qu’il est en train de tourner.

De la même façon, le public était sincèrement triste suite à la défaite de Bianca Belair qu’on aurait aimé voir rester un-de-feat-ed.

Le main event s’est assuré que NXT Takeover reste un gage de qualité supérieure. Bien que nous pouvions sentir la victoire de Ciampa, Aleister Black et le champion se sont assurés de nous garder en haleine jusqu’à la toute fin de leur match.

S’en est suivi la fameuse altercation à six dans la gorilla position. À ce moment, nous étions tous sûrs que nous allions avoir droit à un dark main event. Après tout, Velveteen Dream et Adam Cole sont-ils venus à Phoenix que pour faire acte de présence?

C’est pour ça que la WWE a coupé court l’extrait de cette escarmouche : c’est que lorsque Triple H est arrivé et a calmé tout le monde, nous nous sommes mis à huer en réalisant que nous retournerons à l’hôtel sous cette fin en queue de poisson. Nous voulions un dark main event des top trois faces contre les top heels bon!

Ils ont dû envoyer les trois faces parader sur la rampe et sur le ring sous leurs thèmes musicaux respectifs afin de calmer les spectateurs et les envoyer heureux à l’hôtel… ou au bar, comme il était encore tôt.

NXT Takeover: Phoenix était un bijou et je suis content d’avoir pu y assister. Il restera une de plus belles expériences de lutte. NXT est l’endroit où le public peut prendre le contrôle du show ou plutôt… que la WWE réussit à nous faire croire que #NousSommesNXT.

Je suis prêt à vivre dans cette illusion.

Le Royal Rumble

Je ne peux exprimer en mots comment je me suis senti lorsque je suis entré dans ma section et que j’ai vu les mots « Royal Rumble » sur les écrans. En même temps, j’étais émerveillé, mais j’ai eu aussi une petite dose de WTF dû au setup un peu étrange :

En effet, une très grande superficie du terrain et des gradins était vide. Des quatre évènements proposés par la WWE à Phoenix (NXT Takeover : Phoenix, Royal Rumble, Raw et Smackdown), aucun n’était à guichet fermé.

Le fait que les cris des spectateurs se perdent dans un espace aussi grand aura un impact sur l’ambiance générale. Souvenez-vous aussi qu’il est 16 h et que ça se ressent. Nous arrivons tous à jeun. Nous n’avons pas nécessairement encore soupé et la bière est 14 $.

Il fait tellement clair dans le stade que je suis à contre-jour et que j’ai dû crinquer tous les paramètres de luminosité d’Instagram pour pas paraître trop à contre-jour :

Ça peut freiner un peu le party, mais ça ne m’a pas empêché d’être heureux d’y être!

Ça explique pourquoi l’ambiance n’était pas encore prête pour le pre-show même si les cruiserweights ont sorti l’artillerie lourde. Il aura fallu Ronda Rousey contre Sasha Banks pour qu’on puisse se déchaîner un peu :

D’ailleurs, le public est très différent de la veille. Bien qu’il y ait une bonne dose de fans hardcore de lutte, on peut noter une présence accrue de famille avec des enfants. Le fait que Bayley a reçu un pop monstre le démontre.

Le Royal Rumble féminin

Vous avez surement vu le Rumble, je ne le passerai pas en détail. Je dirais simplement que si des gens disent que j’ai laissé couler une larme à chaque fois qu’un Rumble a commencé, croyez-les.

Le Rumble féminin a pris énormément de temps avant d’être intéressant. Une erreur que les femmes ont régulièrement répétée est d’éliminer des concurrentes alors qu’on est en plein décompte.

Il y a tellement de monde dans le ring parfois qu’on doit regarder l’écran pour savoir où se situe l’action à surveiller. Lorsqu’il y a un décompte, l’écran n’affiche que les chiffres décroissants. Peut-être qu’une personne sur cinq était témoin de l’élimination.

Le fait qu’on n’ait pu réagir à chaque fois qu’une compétitrice était éliminée a mené à de la confusion dans nos têtes. Le booking faible en début de match a donné un Rumble en dents de scie, mais la finale nous a tous accrochés. Avec Becky Lynch, Charlotte Flair et Nia Jax sur le ring, on avait sincèrement peur que la WWE donne la victoire à cette dernière.

La victoire de Becky a été accueillie comme la résurrection du Christ. Je suis si heureux d’avoir été présent pour ce moment!

Quelque chose qu’on n’a peut-être pas entendu à l’écran, c’était notre présence bien sentie entre Daniel Bryan et AJ Styles. Comme dans leurs derniers affrontements, ils prennent tellement de temps avant d’entrer dans l’action qu’on n’a jamais pu y entrer. De gros chants This Is Boring ont retenti dans le Chase Field.

Il y a 5 ans, je n’aurais jamais cru que Daniel Bryan soit champion et encore moins qu’il se batte contre AJ Styles à la WWE. Maintenant que ça arrive, ils me déçoivent un peu.

Nous étions assis depuis plusieurs heures alors que le championnat de l’Univers était en jeu. Le fait que Finn Balor est arrivé en lui et non en démon a un peu spoilé sa défaite, mais comme il a commencé avec énergie, nous avons tous immédiatement été réveillés.

Le Royal Rumble masculin

Le Royal Rumble masculin ne nous a pas laissé le temps de nous ennuyer vraiment. Le public était prêt à entendre un concert et à marcher avec Elias.

Des 30 participants, il n’y a presque eu que des favoris des fans. Penser que certains auraient pu gagner aurait été irréaliste, mais ce sont de bons lutteurs qu’on aime. C’est ça, un Rumble!

Il n’y a pas eu vraiment d’entrées gaspillées; les lutteurs moins intéressants venus participer étaient là pour une raison divertissante et ça nous a rendus heureux.

C’est sûr qu’on aurait aimé une autre personne que Nia Jax pour venir prendre la place de R-Truth, mais une fois qu’on accepte que ce soit la carte qui est jouée, on a vraiment embarqué dans tout ce qui a suivi.

C’est ça qui est le fun d’aller voir la lutte en personne : on laisse le cynisme à la maison parce qu’on n’est plus des fin finauds qui essaient de prédire la prochaine entrée tout en lisant des commentaires sarcastiques sur Twitter en même temps. Nous sommes des fans de lutte.

On est concentré à vivre le moment, à voir l’histoire s’écrire devant nous.

Évidemment, vers la fin, alors qu’il ne restait que Braun Strowman et Seth Rollins comme réels candidats à la victoire, la tension a diminué un peu parce que la WWE nous offrait du déjà vu : un monstre qu’on ne veut pas voir gagner qui devient hyper dominant.

La WWE nous a préparés à une victoire potentielle de Braun Strowman en bookant le dernier tiers du match de cette façon. Allons-nous encore être témoins d’un gagnant du Royal Rumble inondé de huées?

Elle nous a laissé respirer avant qu’on puisse hurler de nos derniers souffles. La finale était imprévisible pour nous dans les estrades.

C’est ce qui a rendu sa défaite encore plus captivante et la victoire de Seth Rollins nous a tous comblés. Nous étions contents d’avoir vécu ce marathon qu’était cette soirée dont on se souviendra longtemps.

J’avais peur que de rayer « Assister à un Royal Rumble » me change face à mes ambitions futures. C’est le cas. Maintenant, je veux assister au plus de Royal Rumble possibles!



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