Marie-Ève Dicaire, la boxe, les femmes et Michel Villeneuve

Bon, on ne pensait pas devoir le faire une fois de plus en 2019, mais semble-t-il qu’il faut encore prendre quelques minutes de notre temps afin d’expliquer à un vieux commentateur sportif décalé que nous ne sommes plus en 1950 et que les femmes peuvent désormais exister à l’extérieur de la maison et de la cuisine.

Cette fois, on doit malheureusement diriger notre attention vers Michel Villeneuve qui, sur les ondes du 106,9 FM en Mauricie, y est allé de ses impressions après la défense de championnat du monde de Marie-Ève Dicaire samedi à Québec.

Et ça ne vole pas haut.

Michel Villeneuve ne voit pas les femmes en boxe

Puisque le segment en question a été retiré du site de la station, voici une citation de Michel Villeneuve alors qu’il parlait de la soirée de boxe mettant aussi en vedette Mikaël Zewski.

«Les femmes, c’est pas fait pour se battre en public. Elles vont chanter, elles vont danser, elles vont pratiquer d’autres sports, mais la boxe, ce n’est pas un sport pour les femmes.»

À ceci, il a ajouté cela pour préciser sa pensée.

«Les femmes, dans leur féminité, elles peuvent s’exprimer dans leur sport aussi. Lindsey Vonn en ski, [par exemple]… Il y a un paquet de disciplines où les femmes peuvent exploiter leurs talents sportifs, mais pas dans la boxe»

Donc, selon la sagesse implacable de Michel Villeneuve, les femmes ne peuvent pas se battre parce qu’elle n’exploiteraient pas leurs talents sportifs de façon assez féminine?

Comment j’te dirais ben ça mon Michel – tu ralentis le groupe.

Non seulement une athlète du calibre de Marie-Ève Dicaire peut boxer, mais toutes les femmes peuvent le faire si c’est quelque chose qui les allume.

Un sport «invendable»

Un autre argument du perspicace Villeneuve est que, selon lui, la boxe féminine ne vend pas assez puisque les gens quittaient le Centre Vidéotron avant la fin. Ce que le bon Michel ne souligne pas, par contre, c’est que la boxe n’est pas particulièrement en santé au Québec, à l’exception de quelques gros noms. Et des événements sportifs qui se terminent aussi tard, qu’importe lesquels, verront toujours des gens quitter avant la fin.

Même au hockey, cette discipline ultra virile avec du poil, d’la moustache, des grognements pis des «mâles» dans tous les coins.

Les propos de Michel Villeneuve sont tellement gênants, on ne sait même pas par où commencer pour lui expliquer à quel point c’est ridicule. Mais si on devait le faire, on commencerait par un exemple incontournable: Ronda Rousey avec l’UFC.

Avant l’explosion de Conor McGregor, Rowdy Ronda Rousey était la vedette la plus populaire d’une organisation en pleine croissance aux États-Unis. Pas la vedette féminine, ne-non, LA vedette tout court. Et ce malgré le fait que le dirigeant de l’organisation, Dana White, ne croyait pas au potentiel des combats féminins.

Non seulement les combats féminins vendent autant que ceux des hommes, mais surprise, les femmes peuvent aussi se battre et s’accomplir dans ce sport. Comme nous, les porteurs de pénis plein de jugements.

C’est tu pas merveilleux quand même.

Tu m’excuseras la familiarité Michel, mais je vais tout de même t’épargner les nombreuses insultes que j’ai vu à ton endroit sur les médias sociaux. Cependant, permets-moi de te pointer le coin et de te suggérer d’aller prendre une petite pause de réflexion afin de nous revenir avec un commentaire plus édifiant la prochaine fois que tu devras commenter les performances étincelantes d’une athlète de haut niveau, perché au bout de ton micro sans trop te mouiller ou prendre la peine de considérer une seule seconde la portée de tes propos.

En attendant, tu peux toujours t’éduquer un peu et visionner ceci.

On parle d’un film de 2000 quand même, avant le méchant Facebook et le «on peut pu rien dire» qui a le dos large. Ça ne devrait pas trop te dépayser.



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