Quand Harrison Ford sauve Joe Sakic des Rangers

Peu de hockeyeurs peuvent se targuer d’avoir disputé la totalité de leur carrière avec la même franchise. On peut nommer bien sûr Steve Yzerman (avec les Wings), Mario Lemieux (avec les Penguins), Maurice Richard (avec le Tricolore) et Joe Sakic (avec l’Avalanche/les Nordiques).

Mais Sakic a bien failli ne pas pouvoir se retrouver au sein de ce groupe sélect. En 1997, alors qu’il est au sommet de son art, il signe un contrat avec les Rangers de New York par le biais d’une offre hostile.

Si ce stratagème un brin insidieux est rarissime de nos jours, l’offre hostile était plutôt monnaie courante dans les années 1990. Les Rangers ont donc exercé leur droit de déposer une offre de 21M$ sur trois ans – incluant un boni à la signature de quinze millions de piastres – à Joe Sakic, dans le but de remplacer Mark Messier qui venait de quitter l’équipe.

Le sympathique Joe avait beau être fidèle à son club – qui l’avait repêché, et avec qui il a gagné la Coupe Stanley – il ne pouvait pas refuser cette somme d’argent, qui allait faire de lui un des athlètes les mieux payés du sport professionnel.

Vous connaissez le manège :  selon la convention collective en place, l’Avalanche pouvait donc soit offrir le même montant à Joe Sakic, soit lui dire au revoir en retour de quelques choix au repêchage.

La compensation n’était pas vilaine, d’ailleurs : cinq choix de première ronde. Mais malgré une récente conquête de la Coupe Stanley, l’Avalanche se trouvait tout de même dans un nouveau marché et laisser partir sa vedette n’aurait pas été une excellente décision marketing. On voulait le garder, donc.

Le problème, c’est que les propriétaires n’avaient tout simplement pas les fonds nécessaires pour offrir cette somme à Joe. Comme c’est expliqué dans les archives du New York Times, les proprios possédaient aussi les Nuggets de Denver, une des pires formations de la NBA et véritable machine à siphonner les revenus.

En plus, l’amphithéâtre qui accueillait à l’époque l’Avalanche et les Nuggets n’était pas aux mêmes standards que les autres arénas de la ligue, dépourvu de loges corporatives qui rapportent beaucoup d’argent lors des matchs.

Bref – le ciel était gris au-dessus de Denver, mais voilà que se pointe un avion…

Et pas n’importe lequel : le Air Force One!

C’est qu’il y a 23 ans, le même été que l’offre hostile signée par Joe Sakic, sort au cinéma le film d’action Air Force One. Dans celui-ci, Harrison Ford, âgé de 55 ans, incarne le Président des États-Unis alors qu’il doit combattre des terroristes ayant pris le contrôle du célèbre avion présidentiel.

Air Force One - The Internet Movie Plane Database

L’oeuvre a connu un succès immense à sa sortie en salle. Aujourd’hui encore, on se souvient de Air Force One comme l’un des meilleurs films d’action de la décennie. Le Wall Street Journal a même déclaré le personnage de Ford comme étant le «meilleur président fictif» de tous les temps.

Un film culte, possiblement le préféré de tous nos pères (ex aequo avec Air Bagnard, disons). Mais ce que ceux-ci ignorent sûrement, c’est que dans ce film se dissimule une deuxième histoire: Harrison Ford n’a pas seulement sauvé le Boeing, ses passagers et l’honneur des États-Unis, il a peut-être aussi sauvé l’avenir de Joe Sakic avec l’Avalanche du Colorado.

Comment ça? Parce que les propriétaires de l’Avalanche possédaient aussi des parts dans la compagnie de cinéma derrière Air Force One, qui a engrangé 110 millions de dollars au box-office lors de ses trois premières semaines de présentation seulement.

Grâce à ce succès inespéré, l’Avalanche a pu «accoster» l’offre des Rangers, comme on dit, et entamer la construction d’un nouvel amphithéâtre.

On ne négocie pas avec les terroristes

Dans Air Force One, la politique des Américains est clairement énoncée : on ne négocie pas avec des terroristes. Et si l’Avalanche avait décidé de ne pas céder aux pressions de Sakic, et de le laisser partir?

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Ou encore, admettons que la carrière de Harrison Ford ne lève jamais, et que le film ne connait pas de succès, est-ce que Joe Sakic porte l’uniforme des Rangers au début de la saison 1998? À défaut d’avoir mis la main sur Sakic, les Rangers se sont tournés vers Pat LaFontaine, qui ne disputera qu’une saison à New York avant de prendre sa retraite. Eric Lindros, Bobby Holik ont tour à tour comblé un trou dans le centre de la Grosse Pomme, par la suite.

De son côté, l’Avalanche n’aurait certainement pas gagner d’autres championnats, sans leur capitaine. Impossible de savoir quels joueurs la franchise aurait sélectionné, avec les choix offerts en compensation, mais la récolte ne fut pas très fructueuse du côté des Rangers (Manny Malhotra, Pavel Brendl, Jamie Lundmark…) Et est-ce que Raymond Bourque aurait plutôt été échangé aux Flyers, dans une ultime tentative de gagner une bague? Et combien de championnats supplémentaires les Red Wings remportent, sans l’Avalanche sur leur chemin?

Bref, vous penserez à tout ça, la prochaine fois que vous écouterez Air Force One.

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