C’est fait, Alex Rodriguez a devancé le légendaire Willie Mays en claquant son 661e circuit en carrière. Ne restent devant lui que trois noms sur la liste des grands : Babe Ruth, Hank Aaron et le controversé Barry Bonds.

Bien qu’il soit improbable que Rodriguez rejoigne Ruth avec ses 714 circuits en carrière, il occupe tout de même la 4e position de tous les temps d’une distinction significative aux États-Unis. Le baseball et son roi des circuits, c’est une tradition solidement ancrée chez nos voisins du sud.

Voilà pourquoi le cas d’Alex Rodriguez fascine autant. Que faire avec le vétéran cogneur des Yankees de New York?

Ostracisé en raison de son utilisation de produits dopants au cours de sa carrière, Rodriguez était la définition même d’une persona non grata dans l’entourage des Yankees jusqu’à tout récemment. L’équipe tente d’ailleurs d’invalider des clauses du contrat de Rodriguez qui l’obligeraient à verser des bonus à la performance à l’athlète de 39 ans. On parle d’une prime de 6 millions pour avoir devancé Mays sur la liste des circuits, pas du petit change.

Le hic, c’est que Rodriguez figure parmi les meilleurs frappeurs de l’équipe encore cette année, malgré une saison complète de suspension et une campagne de lavage de linge sale en public de la part de Brian Cashman et de l’organisation new-yorkaise. On peut ne pas aimer l’athlète et ses décisions professionnelles, le traitement qu’il reçoit de la part de ses patrons frôle l’acharnement. Même les partisans des Yankees ont recommencé à applaudir A-Rod, le temps ayant fait son œuvre dans le cœur des plus fervents.

Rodriguez, malgré ses succès récents, reste le visage contemporain du dopage au baseball. Si Mark McGwire a ouvert le chemin pour les cogneurs « sur la sauce », Rodriguez a hérité de l’accablant flambeau, en plus d’une partie du blâme pour l’explosion des salaires dans le sport professionnel.

Bref, Rodriguez a le dos large.

Longtemps considéré comme l’un des meilleurs joueurs de baseball de sa génération, Rodriguez est maintenant une parenthèse dans l’histoire, malgré ses statistiques impressionnantes. Il fait désormais partie de « la liste » incluant les athlètes dopés qui, présentement, attendent sur le pas de la porte à Cooperstown, espérant un jour recevoir une prestigieuse invitation chez les immortels du Temple de la renommée.

La carrière de Rodriguez achève – mais les mauvaises presses feront encore légions quelque temps, comme avec Barry Bonds.

Que faire avec Alex Rodriguez dans un sport où, de toute façon, le public a déjà tranché que tout le monde se « piquait » à un moment ou à un autre de sa carrière? Doit-on systématiquement punir les maladroits qui se sont fait prendre la main dans le sac, ou peut-on simplement isoler cette période de l’histoire et la traitée comme elle est, c’est-à-dire une époque qui devait composer avec les avancées technologiques et leurs utilisations dans des contextes concrets.

Les joueurs de balles contemporains s’injectent des produits dopants parce que ces produits existent. Dans les années 70-80, ils sniffaient de la cocaïne et jouaient sous l’influence du LSD. Avant ça, ils fumaient dans l’abri et s’envoyaient des bières derrière la cravate entre les manches.

Les habitudes de consommation suivent les époques. Peut-on vraiment exclure les athlètes de leur époque respective afin de les comparer aux standards d’antan, ou pire, ceux de demain?

Alex Rodriguez n’est pas plus coupable qu’un autre, sauf qu’il a eu une meilleure carrière que la plupart et il a répété ses mensonges plus souvent que les autres. Faut-il frapper plus fort sur sa tête pour autant?

La question mérite d’être posée, parce qu’à part l’utiliser comme un exemple dissuasif, je ne vois pas en quoi il mériterait un traitement aussi hargneux après ses mensonges et ses écarts sur le terrain.

Après tout, il ne s’est nui qu’à lui-même en faisant subir à son corps ses traitements. Il n’a pas battu sa femme, ni tué un de ses amis, ni agressé une femme non consentante.

Alex Rodriguez est un athlète de son temps qui a fait partie de l’élite de son sport. Ni plus ni moins. On peut ne pas apprécier l’homme et ses actions, mais le diaboliser ne fait pas avancer le débat.



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