Sébastien Gauthier et le hockey en France

Été 2008, Sébastien Gauthier part avec sa valise et sa poche de hockey. Il tente l’aventure française. Ancien joueur des Cataractes de Shawinigan et des Huskies de Rouyn-Noranda, Gauthier venait de passer la dernière saison à titre d’entraîneur-adjoint à Dominique Ducharme – le vrai Dominique Ducharme – chez l’Action de Joliette, dans la Ligue de hockey junior AAA.

13 saisons plus tard, Gauthier évolue toujours en France. Il a joué dans 7 marchés différents et s’est illustré en Ligue Magnus, le plus haut niveau de compétitions chez nos cousins. Il est notamment passé par Brest, Gap, Épinal, Dijon, Grenoble.

Il a rencontré son actuel conjointe dès le début de l’aventure française et ils ont mis au monde deux enfants qui appelleront sans doute une rondelle… un palet et un bâton… une crosse.

La folle aventure du hockey en France

« C’est fou de penser à ça. Moi je partais là pour une saison, voir ce que ça allait donner. J’ai rencontré ma blonde à ma première année et maintenant, à 34 ans, j’ai établi ma vie en France et j’y suis toujours », raconte-t-il.

L’accent de Sébastien? Tu ne peux pas avoir plus québécois que ça, même après 13 ans. Un Tabar**k de temps en temps à la fin d’une phrase, ça aide à conserver les racines, faut croire.

« Si tu veux, je peux te donner l’accent français assez vite par exemple », met-il en garde.

À l’aube de ses 22 ans, Gauthier a dû apprendre à gérer sa carrière rapidement. Il devenait son propre agent. Il devait négocier son salaire et ses conditions de vie. L’appartement fourni, la voiture, le coloc. C’est lui qui négociait ces points auprès des organisations. En France, un contrat de cinq ans, ça n’existe pas. La négociation est à recommencer pratiquement à chaque saison.

Courtoisie

Le hockey inspiré du foot

L’Impact a provoqué une onde de choc médiatique la semaine dernière.

Mon erreur. Le Club de foot Montréal a provoqué une onde de choc. La même semaine où le Canadien entamait sa saison, il fallait quand même le faire.

Dans le camp des pours, on aime que l’organisation s’ouvre sur la planète et suive les codes du foot international.

Chez les contres, on critique exactement le même point. On perd notre identité et on fait comme tout le monde ailleurs.

En France, la question ne se pose pas. Le soccer domine les manchettes et appose son empreinte sur tous les autres sports.

Sébastien Gauthier a suivi le dossier à distance. Hockeyeur professionnel en France, son sport n’est pas le plus médiatisé.

Le hockey s’inspire du foot européen, pas du hockey nord-américain. La nuance est importante

« Quand je suis arrivé ici, c’est la première chose que j’ai remarqué. Il y avait la saison régulière, mais la Coupe de France pendant la saison. Il y a aussi d’autres tournois qu’on dispute en plein milieu de la saison. J’ai eu quelques difficultés à être aussi motivé en préparation à ces tournois, parce que je n’étais pas habitué à cette façon de faire. En Amérique du Nord, on ne verrait jamais ça », observe l’attaquant qui évolue maintenant à Anglet, dans le sud de la France, à 30 minutes de la frontière espagnole.

La façon de suivre les matchs dans les amphithéâtres se rapprochent également de l’ambiance qu’on retrouve au foot. « C’est complètement différent de ce qu’il y a au Québec. On entend les partisans chanter toute la partie », ajoute-t-il.

Les supporters, comme disent les cousins, jouent de la musique de la première à la dernière minute.

Dans les arénas du Québec, la création musicale se limite à la trompette du Bonhomme Carnaval et à la crécelle au bruit qui réveille les morts.

Un calibre en expansion

Gauthier a bien été au fait de mesurer le calibre de jeu dans la Ligue Magnus lors de la dernière décennie. Il s’agit d’un calibre de jeu attrayant pour plusieurs anciens joueurs de la LHJMQ pour qui une saison à Jacksonville dans la ECHL ne représente pas « le rêve ». Quelques anciens joueurs de la LNH évoluent ou ont évolué en France.

Gauthier a notamment été partenaire de trio d’Éric Chouinard à Grenoble. Il est maintenant préfet de discipline dans la LHJMQ.

Cam Barker, 3e choix au total des Blackhawks en 2004, évolue à Rouen, en compagnie des Québécois Nicolas Deschamps, Maxim Lamarche – ancien du Rocket de Laval – et Jacob Lagacé.

Le niveau de jeu est intéressant depuis longtemps pour des Québécois qui ont rempli le filet dans le Circuit Courteau. Là où Gauthier remarque une différence est dans le niveau de jeu français. Le Championnat du monde de hockey tenu à Paris en 2017 a aidé à accroître la popularité. La France était même parvenue à vaincre la Finlande.

La Ligue Magnus a également trouvé le moyen de rapatrier quelques-uns de ses meilleurs éléments français. « Le calendrier régulier a passé de 26 à 40 matchs il y a quelques années, donc c’est certain que c’est plus attrayant et plus payant pour eux. Les meilleurs Français se dirigeaient toujours dans d’autres pays. Avec un calendrier de 40 matchs, c’est plus invitant. Je pense aussi que le succès de joueurs comme Pierre-Édouard Bellemare et Alexandre Texier prouve aux meilleurs joueurs ici que ce n’est pas impossible d’atteindre le plus haut niveau. »

Gauthier ne sait pas trop combien de temps il lui reste chez les professionnels. Au début de la nuit, avec un décalage de six heures, il sait toutefois que l’entrevue achève. Il parle trop fort. Il a réveillé les enfants et sa conjointe lui fait les gros yeux.

Il ira se coucher. Les années précédentes, il étirait les soirées et écoutait le Canadien sur NHL Center Ice. Pour la première fois, il n’a pas renouvelé l’abonnement. « Ça me fend le cœur en deux, mais avec l’horaire adaptée et la division canadienne, le Canadien joue pas mal souvent à 4h du matin chez moi. Je ne peux plus me permettre ça », conclut-il en riant.



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