Tua Tagovailoa

Nous sommes à quelques jours du repêchage de la NFL, présenté en direct sur RDS jeudi soir.

À moins d’une surprise monumentale, les Bengals sélectionneront le quart de LSU Joe Burrow avec le tout premier choix. À 23 ans, Burrow vient de connaître l’une des meilleures saisons statistiques de l’histoire de la NCAA en route vers un championnat national avec les Tigers sans subir la défaite durant toute la saison. Joe Burrow est un prototype dans le jargon et possède une précision et un calme qui fait saliver les dirigeants de la NFL. En plus, il vient de l’Iowa et il a joué brièvement avec les Buckeyes d’Ohio State. Le mariage avec les Bengals est donc écrit dans le ciel.

Mais avant la montée de Burrow la saison dernière, on parlait beaucoup de Tua Tagovailoa comme potentiel premier choix, lui qui a mené la puissante attaque du Crimson Tide de l’Alabama depuis son arrivée dans l’alignement à titre de recrue lors du Championnat national de 2017 contre Georgia.

Alors, pourquoi ne parle-t-on pas plus de Tua?

L’énigme Tua Tagovailoa

Il faut d’abord mentionner l’éléphant dans la pièce : la pandémie actuelle a freiné énormément le retour dans la discussion de Tagovailoa, lui qui devait prouver aux recruteurs que ses nombreuses blessures ne l’embêtaient plus. Il affirme qu’il a retrouvé la forme, mais sans le combine et les autres tests d’évaluation, le doute plane.

Avant les blessures par contre, la feuille de route de Tagovailoa est impeccable.

Il a remporté un premier championnat national avant même de débuter un match dans la NCAA, lui qui a pris le rôle officiellement lors de la saison 2018. Il a terminé deuxième  dans les votes pour le trophée Heisman remporté par Kyler Murray, le premier choix des Cards de l’Arizona en 2019. À sa deuxième saison avec Alabama, sa première comme partant, il a mené l’équipe vers la finale du championnat national, mais Trevor Lawrence et les Tigers de Clemson avaient le numéro du Crimson Tide cette journée là.

Les performances de Tagovailoa ne laissaient aucun doute – il possède un rare talent.

La malédiction du gaucher

En 2020, les blessures ont ralenti le jeune quart qui a écourté sa dernière saison dans la NCAA.

Il faut donc se tourner vers les chiffres et les souvenirs, mais comment évaluer un joueur aussi bien entouré? Le Crimson Tide verra sans doute deux de ses receveurs sélectionnés lors de la première ronde cette semaine. Jerry Jeudy et Henry Ruggs III étaient de l’autre côté des passes de Tua et peut-être que les deux athlètes d’exception aidaient sa cause.

Sauf que c’est peut-être l’inverse aussi.

L’agile quart d’origine Samoa, quand on regarde son passage dans la NCAA, a le don d’envoyer le ballon au bon endroit et d’éviter à ses receveurs des coups et des plaqués. C’est des détails qu’on remarque moins dans le feu de l’action, mais bien placer le ballon dans les trois zones offensives est une rare qualité et Tagovailoa a démontré qu’il pouvait le faire et le faire souvent.

Il doit par contre composé avec un vieux mythe dans la NFL : les quarts gauchers n’ont pas de succès puisqu’ils dirigent l’attaque dans le mauvais sens. Si vous remontez l’histoire du circuit, on petu relever Ken Stabler et Steve Young chez les quarts gauchers avec un succès indéniable. Plus récemment, Michael Vick croyait bien avoir brisé le moule avec ses performances électrisantes, mais on a vite placé son succès sur sa vitesse et son jeu de pied et nom sur les capacités de son bras.

Il y a une crainte réelle de confier son attaque à un quart gaucher dans la NFL. Matt Leinart et Tim Tebow, deux espoirs après leurs passages dans la NCAA, n’ont rien changé à cette image.

Sans dire que Tagovailoa part avec une prise en raison de sa main gauche, disons qu’il devra abattre quelques préjugés en chemin et ça c’est sans parler de la couleur de sa peau, une autre vieille tradition où la NFL perçoit ses quarts partants comme de «grands sauveurs blancs». C’est pas le genre de phrase qu’on aime écrire, mais elle résonne encore chez certains propriétaires et on ne peut pas écarter la réalité raciale, fort malheureusement.

Les équipes du top-10

Quand on passe à l’avenir de Tagovailoa, il faut regarder l’ordre du repêchage de cette année.

On sait que les Bengals sont en amour avec Joe Burrow et l’équipe ne transigera pas le choix. Les Redskins, avec le 2e choix, vont sans doute se tourner vers le terrifiant Chase Young, un chasseur de têtes sur la ligne défensive qui donnera l’identité de l’équipe pour les années à venir comme Nick Bosa avec les 49ers la saison dernière.

C’est à partir du troisième choix, celui des Lions, que les spéculations commencent.

En effet, Détroit pourrait se tourner après une saison de misère vers l’avenir en sélectionnant Tagovailoa et en annonçant la fin de l’époque Matthew Stafford dans la ville de l’automobile. Sauf qu’au début de sa trentaine, Stafford représente encore plusieurs bonnes saisons et un joueur étoile connu au lieu d’un espoir qui n’a pas fait ses preuves dans la NFL. Les Lions auront le choix difficile de prendre un gros risque potentiellement payant ou d’y aller d’un choix plus prudent avec un joueur défensif d’exception.

Ou on pourrait voir une transaction avec une autre équipe du Top-10 souhaitant mettre le grappin sur Tua.

On sait que les Giants ne sont pas dans la course avec le jeune Daniel Jones sélectionné la saison dernière. On voit mal les Panthers se mouiller après la signature de Teddy Bridgewater et les Cards veulent encore voir ce que Kyler Murray, le premier choix de la saison dernière, peut offrir. Les Browns pourraint surprendre, mais Baker Mayfield est encore un espoir intrigant.

Reste alors les Dolphins au 5e rang, les Chargers au 6e et les Jaguars au 9e rang.

La présence de ces trois équipes assure, ou presque, que Tagovailoa ne sera pas sélectionné plus loin que le Top-10 et il ne vivra pas une glissade comme Lamar Jackson avant lui.

Mais quelle équipe se mouillera?

On miserait sur les Dolphins et, dans quelques années, Tagovailoa pourrait être le meilleur joueur de sa cuvée. Parce qu’au delà des doutes et des questions, on parle d’un jeune joueur de 21 ans qui a déjà la rare combinaison de vitesse et de bonne prise de décision. Comme un bon vin, il prendra du raffinement avec l’âge et si la santé est de son côté, il sera une force redoutable dans la NFL avec ses jambes, la force de bras et sa précision foudroyante.

Ne reste qu’à prendre le risque et ne pas se laisser effrayer par les blessures.



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