Jonathan Diaby

La mort tragique de George Floyd ébranle la planète terre depuis une semaine. Pour Jonathan Diaby, les souvenirs douloureux de l’hiver dernier reviennent à la surface et lui font constater l’implacable réalité, une fois de plus : « rien n’a changé. »

Rappelons brièvement les faits. Diaby, défenseur des Marquis de Jonquière dans la Ligue Nord-Américaine, a vu sa copine et ses parents subirent des attaques racistes au beau milieu d’un match à Saint-Jérôme.

L’ancien espoir des Predators de Nashville repasse donc par toute la gamme des émotions… pour une énième fois : « Il y a de la colère et de la tristesse. Il y a surtout de la colère, en fait. On constate que rien n’a changé et que ça ne changera probablement jamais, à moins d’un véritable mouvement qui va perdurer dans le temps. En même temps, je ne veux pas me plaindre, parce qu’il y en a qui vivent ça à tous les jours. »

HUGO COTNOIR, PHOTOGRAGHIE

La réalité est que personne ne veut prendre la parole, parce que personne n’a envie de perdre son chèque de paie

L’athlète de 25 ans, qui poursuit son parcours dans la LNAH, mais qui fait maintenant carrière professionnelle dans la musique rap, aimerait voir des leaders se lever au Québec. « Il y a des manifestations lorsque des tragédies arrivent et c’est tant mieux. Je crois que ça éduque une partie de la population qui croit que tout est beau et qu’il n’y a pas de problème. Je dénonce tout le saccage effectué auprès des commerces, qui dénoncent probablement le racisme eux-mêmes. (…) Sauf que je que constate qu’il y a un manque de leadership de la communauté noire au Québec. Je ne veux pas nommer de noms, mais personne ne m’a appelé pour me dire : hey! Est-ce qu’on organise quelque chose pour mobiliser les gens, se désole Diaby. La réalité est que personne ne veut prendre la parole, parce que personne n’a envie de perdre son chèque de paie et prendre le risque de perdre sa job. »

Diaby aimerait voir des leaders de la communauté noire artistique ou sportive au Québec prendre le micro. « Qui a pris la parole, jusqu’à présent? Ce dont on entend parler, c’est la COVID-19. Il peut y avoir autant de manifestations qu’on veut, mais tant et aussi longtemps que des leaders ne s’imposeront pas de façon permanente et forte, ce sera à recommencer. »

Sport, culture, même réalité

Impliqué dans les deux champs d’activité au Québec, Diaby est à même de constater le chemin social parcouru dans les deux sphères. « Il y a peut-être un peu plus d’ouverture dans la culture, mais encore là, j’ai tendance à dire que c’est partout pareil. C’est moins pire quand tu es à Montréal, mais quand tu te rends en région, ça change rapidement. Je joue au hockey à Jonquière et j’en entends encore des commentaires racistes. Puis dans la culture, ouvre ta télévision et tu vas voir qu’il y a encore du chemin à parcourir. Le Gouvernement a investi dans la culture lundi. C’est bon pour les Denis Drolet, mais pour moi, ça ne change absolument rien. »

Diaby tient toutefois à relativiser sa pensée. Le Québec et le Canada ont une situation qui ne se compare pas aux États-Unis. « Je crois qu’il y a des problèmes de profilage racial beaucoup plus important aux États-Unis, mais d’un autre côté, je suis pas mal certain que je me suis fait arrêter par la police quand je conduisais plus souvent que toi. »

Diaby n’a pas d’enfant et dieu merci, dit-il. « Si j’avais un enfant et que j’habitais aux États-Unis, je ne saurais pas quoi lui dire, dit-il, encore en train d’avaler ce qu’il voit à la télévision. Tu peux lui dire de faire attention et d’être poli, mais encore là, il devra faire face à la réalité. »

Une triste réalité…



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