Khabib Nurmagomedov UFC 229

Dans la nuit de samedi à dimanche, à Las Vegas, l’UFC présentait sa soirée la plus lucrative de son histoire pour le retour attendu de Conor McGregor qui, deux après son dernier combat au sein de l’organisation, allait devoir tenter de détrôner l’intraitable champion des poids légers : Khabib Nurmagomedov.

Au moment d’écrire ces lignes, vous connaissez certainement le résultat du combat. L’aigle de la république du Daghestan a malmené l’ancien champion dans deux divisions de poids avant de terminer les hostilités avec un étranglement arrière au 4e round. Si les choses s’étaient terminées là, tout le monde se serait couché tôt avec la pense pleine.

Mais, la vie s’est invitée.

Après le combat, Nurmagomedov a sauté à l’extérieur de la cage pour s’en prendre à un homme de coin de McGregor et, dans la cohue, des membres de l’entourage du champion ont sauté dans la cage afin de s’en prendre à Conor McGregor. Pourquoi? Parce que le puits était empoisonné depuis bien longtemps et il s’agissait d’un combat qui dépassait largement les limites du sport.

En avril, en réponse à une altercation entre l’entourage de Nurmagomedov et Artem Lobov, un partenaire d’entraînement de McGregor, le bouillant Irlandais s’est présenté à New York avec la ferme intention de mettre les points sur les «i». La suite, on l’a connaît. McGregor et son entourage ont pris d’assaut un autobus à l’intérieur duquel se trouvait des combattants de l’UFC ainsi que du personnel de soutien. Plusieurs blessés à la suite de cette perte de contrôle et McGregor a fait face à la justice, acceptant une résolution clémente en échange de sa collaboration avec les autorités.

Six mois plus tard, l’UFC faisait la promotion de son combat principal en utilisant abondamment les images de cette triste journée, tout en alimentant le brasier entre les deux combattants. Durant toute la semaine promotionnelle, on a laissé McGregor et Nurmagomedov s’échanger des jabs verbaux ainsi que quelques insinuations qu’une guerre serait livrée dans la cage. On savait d’avance que l’esprit sportif ne ferait pas le voyage à Vegas et Dana White, de son propre aveu, avait prévu des mesures extraordinaires afin d’assurer la sécurité de tout le monde autour de l’octogone.

White, le grand manitou de l’UFC, se doutait bien qu’il venait d’alimenter une bête incontrôlable et au lendemain du débordement de son champion, peut-il vraiment se présenter devant les médias et jouer à la victime d’une navrante série d’événements?

Oui, Nurmagomedov devra faire face à sa regrettable décision d’envoyer le combat dans la foule. Oui, c’est un geste qu’on ne veut jamais voir lors d’une démonstration sportive. Mais à force de vouloir flirter avec les codes du divertissement sportif installés par la WWE dans l’imaginaire collectif américain, Dana White a reçu la pleine mesure de ses ambitions d’offrir un sport-spectacle et, ce matin, il n’a que lui à blâmer.

Pourquoi? Parce qu’il a organisé le combat, sachant très bien que les deux clans n’étaient pas professionnels un envers l’autre. Il a aussi fait la promotion de la rivalité, des débordements regrettables de McGregor tout en moussant le tout comme la culmination d’une grande rivalité. En termes imagés, il a lancé deux chiens enragés dans une cage au milieu d’une foule et, ensuite, il vient faire la moue devant les médias qu’il est déçu du résultat.

C’est beau les bons sentiments Dana White, mais ce matin le sceptique en moi s’imagine plutôt le sourire que tu as en regardant les gains monétaires et l’attention médiatique. Après tout, il a fait exploser son record de ventes sur la télévision payante avec la colère de McGregor et son attaque contre un autobus. Imaginez ce que la machine promotionnelle de l’UFC fera de ce fiasco dans six mois, un an, quand l’un des deux combattants (ou les deux) fera son inévitable retour à Las Vegas pour une autre soirée record de l’organisation.

On peut dire que la triste décision de Khabib Nurmagomedov a fait reculer le sport de dix ans, mais en réalité, c’est là où Dana White et l’UFC a toujours voulu le pousser. Il faudra plutôt parler de l’UFC 229 comme étant un pas de géant vers la démocratisation d’un sport-spectacle particulièrement violent où absolument tout peut se passer, parce que les spectateurs seront assurément au rendez-vous avec cette promesse chaotique offerte par White et son cirque.

La seule chose regrettable, ici, est qu’on ne pointe pas la bonne personne du doigt. Khabib Nurmagomedov a ses tords, Conor McGregor aussi, mais c’est l’UFC qui chapeaute le tout et, surtout, qui en profitera. Si quelqu’un doit porter le bonnet de la honte, c’est eux et non les combattants.



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