Le 9 novembre 1997, la WWE (WWF à l’époque) vivait sa soirée la plus controversée de son histoire et, avec le recul, le point tournant de sa guerre ouverte contre un compétiteur féroce (la WCW) : le Montreal Screwjob dans un Centre Bell rempli à craquer (je sais, j’y étais du haut de mes 13 ans).

Ce soir-là, Vince McMahon prenait la décision très impopulaire d’infliger une défaite à Bret Hart devant ses partisans canadiens à quelques jours de son départ vers son compétiteur, couronnant ainsi Shawn Michaels à titre de champion de son organisation après avoir changé le résultat du combat à l’insu de son ancien champion, Hart, fidèle à sa compagnie depuis le milieu des années 80 à l’époque.

En très bref, McMahon a planté un couteau dans le dos d’un de ses lutteurs les plus populaires et, quelques jours plus tard, il prononça le tristement célèbre «Bret Screwed Bret», amorçant ainsi son passage du côté des méchants, son «Heel Turn» dans la grande narration qu’est la lutte professionnelle et, du jour au lendemain, l’anonyme propriétaire de la plus grande fédération de lutte du monde est devenu le méchant autour duquel allait se jouer l’avenir de son organisation, de sa profession et de la place du sport-spectacle dans la culture populaire.

Ce «Heel Turn», le plus important de mémoire récente toutes disciplines confondues, allait changer l’histoire et permettre à la WWF de survivre vers le 21e siècle et devenir la surpuissante WWE que l’on connaît aujourd’hui. Dans l’ombre de ce passage à l’ombre, la WCW est disparue, la compétition a plié l’échine et la lutte est devenue plus populaire que bien des sports légitimes à l’échelle mondiale.

Tout ça à cause d’une simple petite phrase remplie d’animosité : Bret Screwed Bret – ou comment un meneur d’hommes a embrassé l’opinion populaire, s’en est servi pour construire un personnage plus grand que nature avec les grands traits de cette opinion et s’est ensuite confortablement installé au sommet de sa discipline pour les années à venir.

La force d’un «Heel Turn» bien exécuté, c’est qu’il finit par rassembler tout le monde autour d’un avatar du bien (un Face) qui s’attaquera au représentant du mal (le Heel) au grand plaisir de la majorité.

Bref – ça prend des méchants pour apprécier nos gentils.

Le 9 novembre 2016, l’Amérique se réveille avec un nouveau «maître» du monde libre : Donald Trump.

Ce texte prophétique du documentariste Michael Moore nous l’avait annoncé après l’ascension de Trump à titre de candidat républicain : l’écoeurantite de la «Rust Belt» allait influencer l’élection américaine et un «Heel Turn» de l’Amérique ouvrière, des anciens employés des industries polluantes bafoués par le gouvernement Obama, pourrait écarter Hillary Clinton du portrait juste parce qu’elle représente «l’establishement» responsable de leur chômage et de la précarité actuelle.

Ce matin, l’Amérique ouvrière a tourné sa veste, notamment, et un «Heel Turn» explique l’élection d’un mégalomane rétrograde. Comme un passage à l’ombre classique de la WWE, le premier coup se fait avec les dents serrées. Pensons au coup de chaise dans le dos de Roman Reigns appliqué par Seth Rollins il y a quelques années, ou encore à la descente de la cuisse entendue à travers le monde d’Hulk Hogan sur Macho Man lors de la formation de la NWO.

C’est le premier coup qui fait mal et ensuite, les gentils (face) reprennent leurs esprits et se rassemblent autour de cette nouvelle menace.

Steve Austin, à l’époque, s’est dressé devant Vince McMahon et le Austin 3:16 est devenu l’idole d’une génération, la voix que cherchait dans le bruit plusieurs égarés.

Aujourd’hui, Donald Trump est peut-être devenu le méchant dont l’Amérique avait besoin afin de permettre l’ascension d’un véritable avatar du bien dans quatre ans. Ce n’était visiblement pas Hillary Clinton, pour plein de raisons, mais ce sera certainement quelqu’un d’autre.

L’Amérique n’est pas différente ce matin, elle a simplement embrassé le côté obscur parce que parfois, un changement pour le pire fait plus de sens que pas de changement du tout.

On ne dit pas que c’est logique, ni même souhaitable, mais on se console avec l’histoire de la lutte qui, après la plus grande trahison de son histoire, nous a offert le sauveur de sa discipline.

Maintenant – qui sera le Stone Cold Steve Austin de la politique américaine?

P.S. : l’ironie de cette analogie, c’est que Donald Trump était le gentil triomphant lorsqu’il a été opposé au méchant Vince McMahon dans un ring de la WWE. Par contre, le sauveur Steve Austin a remis les pendules à l’heure en envoyant le Donald au pays des rêves avec un Stunner.

Il y a de l’espoir…



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