Le Centre Bell

L’hiver achève et tu n’y es toujours pas allé une fois. Le Canadien, visiblement, ne fera pas les séries. Ça prendrait un miracle. Sauf que toi, tu vas voir un match au Centre Bell à chaque saison. Une gâterie que tu t’offres avec ton vieux chum!

T’as toujours cette connaissance sur Facebook qui affiche ses billets de saison avec la constance d’un métronome. Rendu au mois de mars, lui, il les a perdus les papillons. Il voit plutôt le stationnement à trouver, le trafic et le retour à la maison à 1h du matin.

Sauf qu’il te vend sans le moindre scrupule un match Canadiens-Coyotes un mercredi soir comme la finale Canada – États-Unis à Vancouver en 2010. « Ça va couper ta semaine en deux. Le nombril de la semaine. Tu vas voir Phil Kessel attaquer deux fois », te dit-il, sur le même ton que le vendeur qui t’explique la différence de décibels d’un lave-vaisselle.

L’argument massue d’un vendeur de billets sur Facebook. Choisir le meilleur joueur de l’équipe adverse et nous dire qu’il va attaquer deux fois sur notre côté.

Regarde, si je t’écris, j’ai déjà le goût d’y aller. Pas obligé de la beurrer aussi épaisse la peanut.

Le plan de match

Tu y vas une fois dans la saison. Tu te paies la totale. Ça commence avec le souper d’avant-match. J’ai un faible pour les pubs irlandais de la rue Bishop. La réflexion que nous avons tous : « On va aller prendre une couple de bières avant la game, comme ça on en prendra pas trop au Centre Bell. »

Erreur! Belle naïveté. Tu fais juste en prendre plus dans ta soirée.

Tu regardes l’heure, tu ne veux pas manquer la période d’échauffement, donc tu te diriges au Centre Bell. Déjà, il y a un p’tit quelque chose dans l’air. Tu croises les partisans avec un chandail du Canadien.

Tu traverses le rideau et tu aperçois les gradins rouges de l’autre côté de la patinoire. La patinoire est plus blanche que blanche. C’est le même sentiment à chaque fois. Toujours un peu impressionnant les premières secondes dans un amphithéâtre. Une des seules tristesses de devenir journaliste sportif sur le beat d’une équipe est d’y trouver une normalité.

Tu arrives à temps pour le warm-up. Perso, pas question que je rate l’échauffement. Si tu veux te prouver que tu n’es pas un bon joueur de hockey, va voir la période d’échauffement. Tellement impressionnant. David Schlemko, que tu as blâmé pendant 10 minutes au téléphone avec Gonzo et Georges Laraque, est meilleur que tu pensais. Il fait des passes soulevées de sept pieds de haut qui atterrissent à coup sûr sur la palette désirée en diagonale à l’autre bout de la zone.

Artturi Lehkonen n’a pas de mains tu trouves? Peut-être, mais ça fait 30 secondes qu’il passe la rondelle à travers 12 autres rondelles sans l’avoir échappé une fois. Il fait tout ça en patinant à reculons en plus.

Moi, la dernière fois que j’ai essayé ça, j’ai pilé sur le puck et je suis tombé directement sur le coude. Ce fut la fin.

Fix You

Les deux kids avec le drapeau du Canadien. Tu te demandes s’ils vont se rentrer dedans en arrière du net. La toune Fix You de Coldplay – peut-être évaluer la possibilité de changer de toune un de ses quatres? – La voix envoutante de Michel Lacroix. Carey Price qui embarque sur la patinoire d’un franc coup de patin. Tous les joueurs qui suivent au pas de course lors des derniers mètres avant d’embarquer sur la glace. Les applaudissements de la foule et les jeux de lumières sur la patinoire. Chaque soir, un partisan vit ça pour la première ou la dernière fois de sa vie.

Tu te lèves pour l’hymne national. Et ne me parle pas pendant l’hymne national. Je te le vis à fond, l’hymne national mon ami. Comme si je jouais moi aussi. Surprend-toi pas si tu me vois me balloter d’un côté et de l’autre.

L’hymne nationale se termine et tu te sens soudainement envahi d’un optimisme irrationnel. « On peut encore faire les séries, lance-tu à ton partenaire. Si on gagne neuf des dix prochaines, on est correct! »

Les partisans

Le match commence et au même moment, tu perds un peu tes illusions de gamin devant cette immensité. C’est que vois-tu, tes billets sont dans la zone Molson Ex. Oh, là là.

Premier mandat. Essayer de trouver où est Pierre Houde. Une fois que tu penses l’avoir trouvé, ton deuxième mandat est de crier. Sans aucune raison, le plus fort possible. « Enlevez-la-lui! », beugle le partisan avec son prénom dans le dos sur son chandail des Red Wings dans un match Coyotes-Canadiens.

Loi non-écrite. Tu ne peux pas écrire un prénom dans le dos d’un chandail de hockey. « Oui, mais c’est mon fils et c’est ce qu’il veut! »

Explique-lui. Un jour, il va te remercier.

Il y a le partisan violant aussi. Quand il joue à NHL 21, la première chose qu’il fait est d’augmenter les bagarres au maximum. Au Centre Bell, il invoque la bagarre à chaque mise en échec.

« Envoye Byron! Montre-y que t’as pas peur! Drop, Byron! Ce qui manque au Canadien, c’est un Sylvain Blouin. Là, on ne se ferait plus écœurer. En tout cas, si j’étais sur la patinoire, ça ne se passerait pas comme ça, parce que moi dans la vie, tu ne me piles pas sur les pieds », crie la même personne qui commente probablement aussi les statuts Facebook de François Legault en l’insultant parce qu’il fait de la lecture le soir…

Si votre siège est dans les rouges, ne vous croyez pas à l’abri pour autant. Devant vous, vous trouverez le partisan qui se lève et fait des saluts dans le vide, cellulaire à l’oreille, chaque fois que l’action se déroule devant lui, parce que son ami à la maison l’a prévenu qu’on lui voit le bout de la tuque quand la rondelle est à la ligne bleue.

Vous allez aussi entendre toute la soirée les deux hommes d’affaires qui se racontent des peurs. « Hey! Il reste cinq minutes à jouer en troisième période et le Canadien est en avantage numérique. Écoute la game! »

La bière coûte cher

Oui, oui, oui, on le sait. La bière coûte cher. Trop cher. Mais ne soyez pas celui qui dit à l’adolescente de 15 ans derrière son comptoir. « Bon, combien qu’à coute ta bière c’tannée! Quoi! 11 et 50! Je peux-tu te payer ça en trois versements! »

Premièrement, d’autres y ont pensé avant. Tu ne lui diras rien qu’elle n’a jamais entendu avant. Et deuxièmement, elle n’a pas grand-chose à voir dans le prix de la bière.

En attendant d’aller se rassembler au Centre Bell, nous allons encourager nos Glorieux à la maison. Et j’ai un p’tit feeling que lorsque nous pourrons retourner au Centre Bell, c’est une équipe digne des séries que nous allons supporter. Pas vous?

Bonne saison!



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