Samedi soir, l’extravagance de l’Ultimate Fighting Championship (UFC) était de retour au Centre Bell sans son fer de lance québécois, Georges St-Pierre, afin de conquérir une foule friande de saveurs locales.

Pour pallier cette lacune, l’organisation s’était tout de même assuré une bonne présence francophone avec Olivier Aubin-Mercier, Valérie Létourneau, Patrick Côté et quelques Montréalais d’adoption comme Nordine Taleb et John Makdessi. Rien à faire par contre, la foule n’a jamais été aussi généreuse que lors de la brève apparition de St-Pierre sur l’écran géant, pendant la performance du jeune loup Aubin-Mercier au sommet de sa forme.

Ça m’a attristé.

Est-ce que Montréal est à ce point confiné à n’être qu’une ville de hockey, présente pour les rendez-vous sportifs, sans toutefois les apprécier à leur juste mesure? La question est certainement plus complexe et nuancée, mais elle mérite tout de même d’être posée. Avec le désir de certains de mettre en branle la résurrection des Expos, c’est à se demander si, à long terme, les Québécois peuvent se trouver une passion pour autre chose que le Canadien de Montréal.

Samedi soir, un peu plus de 10 000 spectateurs ont chaudement encouragé les combattants de l’UFC, mais non sans heurts. À certains moments, on sentait que l’absence de patinoire en déroutait plusieurs.

Allons-y de quelques observations sur ce qu’est la bête UFC.

– Les arts martiaux mixtes féminins, bien représentés lors de l’UFC 186, ont encore malheureusement beaucoup de chemin à faire vers le cœur des partisans. Sans parler d’un manque d’éducation, disons qu’une portion de la foule n’était pas très édifiante lors des premiers combats de la soirée. Quand deux femmes se bataillent au sol une position avantageuse, ce n’est pas correct en tant que foule de siffler et acclamer plus haut quand l’entrejambe de l’une des combattantes frôle le visage de l’autre. Les blagues de « 69 lesbiens » sont peut-être amusantes lors d’une soirée Twister bien arrosée entre amis/es, mais en société, c’est déplacé et limite arriéré. J’ai encore espoir qu’en tant que collectivité, nous sommes au-dessus de rire de deux femmes combattantes parce que l’on confond le sport et la porno bon marché. Prenez des notes pour les prochains évènements à Montréal.

– Les arts martiaux mixtes n’ont pas encore la reconnaissance populaire de la boxe, par exemple. Peut-être en raison de la cage obstruant la vue ou du rythme plus fragmenté des combats, l’énergie de la foule est assez mal gérée tout au long de la soirée. J’en conviens qu’une veillée de plus de cinq heures, ça épuise son homme, mais quitter en plein milieu de l’évènement principal, ça ne devrait pas arriver. À ce que je sache, personne ne quitte son siège quand le Canadien mène 3-1 en milieu de troisième période. Le même respect devrait être démontré aux AMM. En conclusion de la défense de Demetrious Johnson, plus de la moitié de la foule était déjà en train de s’en griller une à l’extérieur, ratant ainsi la soumission de la soirée à la toute dernière seconde.

– L’UFC, en phénoménale croissance mondiale, a frappé un petit mur à Montréal, enregistrant sa plus petite foule malgré un évènement présenté à la télé à la carte. Les embûches et les annulations avant l’évènement, combinées à l’absence dans l’Octogone de St-Pierre, se sont fait sentir. C’est d’ailleurs à se demander si l’UFC sera réticent à l’avenir pour un retour à Montréal. Non seulement la foule n’était pas fournie, mais la réception était plutôt tiède lors de certains combats; des huées bien senties agrémentaient sans gêne la performance du champion Mighty Mouse.

– Une chose est certaine par contre, la nostalgie est populaire à Montréal – ou sommes-nous peut-être en retard sur les modes, attrapant au bond ce qui est déjà de l’histoire ancienne ailleurs? Rampage Jackson, malgré une performance molle et sans éclat, a conquis la foule. Même son de cloche pour Michael Bisping qui n’est plus l’ombre du combattant qu’il était il y a cinq ans, par exemple. De brèves apparitions de Chuck Liddell ont aussi reçu de généreux applaudissements de la foule. Après tout, peut-on vraiment être surpris? Plus de gens se déplacent au Centre Bell pour voir les anciens Canadiens affronter les anciens Nordiques que pour voir l’UFC 186. J’aimerais exagérer, mais non, malheureusement. Guy Lafleur « avec pas de casque » fait plus vibrer qu’un Olivier Aubin-Mercier au sommet de sa forme et un des champions les plus dominants présentement, tous sports de combat confondus.

– Ceci dit, côté spectacle, l’UFC n’a pas à avoir honte. Le rythme est très bon et l’attente entre les combats est très raisonnable, contrairement aux cartes de boxe présentées à Montréal, par exemple, qui peuvent nous laisser mariner près d’une heure de temps entre deux combats. C’est ben le fun la musique de club dans le système de son du Centre Bell, mais ça serait aussi plaisant de ne pas confondre boxe et Bal en blanc à l’avenir. L’UFC, à ce niveau, est presque irréprochable, sans parler des excellents montages vidéo entre les combats principaux.

En conclusion, l’UFC à Montréal, c’est une très belle façon de meubler son samedi soir, malgré toutes ces observations. Disons qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire avant que le sport ne soit accepté pour ce qu’il est, et non juste un évènement mondain parmi tant d’autres où on peut aller flasher son dernier modèle de vapoteuse à ses amis chics du gratin québécois.

Un jour, le sport sera apprécié pour ce qu’il est – un sport. Ni plus ni moins. Le spectacle autour ne sera que du sucre afin de bonimenter le tout.



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