Ronda Rousey et la Women's Revolution de la WWE

Pour ceux qui tombent sur cet article pour la première fois et qui aiment commencer par la fin, voici un résumé des trois premiers textes.

Dans la première partie, j’ai parlé du traitement généralement dégradant des femmes à la WWE. Dans la deuxième partie, j’ai abordé la difficulté qu’a éprouvé la compagnie à effectuer des changements. Dans la troisième partie, j’ai revisité les derniers mois pour constater que les choses vont généralement en s’améliorant.

Maintenant que nous avons le portrait global de la Women’s Revolution, que peut-on conclure?

Une révolution malgré eux

La première chose qu’on peut dire, c’est que tout est toujours mieux lorsque les décisions ne sont pas prises par Vince McMahon, qui n’a jamais vraiment considéré la lutte féminine comme intéressante.

De nos jours, la WWE se self-high five en se félicitant d’avoir elle-même amélioré la situation. L’affaire, c’est que clairement, l’initiative ne vient pas d’elle.

Ça me fait penser à la fois où ils tentaient de nous faire croire que l’histoire de Daniel Bryan était prévue depuis le début alors que ce n’était visiblement pas le cas.

Et oui, une révolution a bel et bien eu lieu. Nous ne sommes plus à l’époque où le titre féminin était disputé dans un evening gown pool match dans un pay-per-view et où la championne montrait sa poitrine au public par la suite.

Sauf que la barre était tellement basse que c’est effarant à quel point elle l’est restée longtemps. On parle d’une très longue tendance de mariée qui se déshabille, d’un groupe de femmes qui déshabillent une victime ou tous les segments où la gagnante d’un match finir par se déshabiller elle-même.

Remarquez-vous une tendance? Il y a un verbe qui revient souvent et qui décrit malheureusement l’utilisation de la gente féminine à l’intérieur du cercle carré.

Un public prêt?

En fiction, les scénaristes décident quels personnages sont importants et lesquels le sont moins. Après tout, dans un film de guerre, un figurant qui meurt en arrière-plan est moins important que le soldat que nous suivons depuis le début du film et qui meurt lui aussi. Pourtant, la même action se produit: deux personnages meurent.

En traitant les femmes comme des morceaux de viande, la WWE indiquait aux fans qu’elles ne valaient pas plus que ça. C’est pour cette raison que même à Montréal en 2006, les fans de lutte se sont mis à crier des vulgarités aux lutteuses à l’unisson:

On peut entendre les commentateurs se demander ce qui est scandé. Ils peuvent déduire le «You suck, Edge», mais en français, on entend des «charrue» et «salope». Même qu’à 4 minutes et 40 secondes, les Québécois lui scandent «tu pues de la plotte».

Imaginez si on montrait à votre mère la vidéo de vous qui criez ça en public.

Et c’est aussi un élément à ne pas négliger: la WWE n’avait pas besoin de faire la Revolution en tant qu’entreprise. Les fans ne réclamaient majoritairement pas ce changement.

Après tout, on peut entendre le public acclamer tous les moments où les femmes se dévêtaient comme dans le hot lesbian action.

Mais ça vient à un manque de vision de la compagnie. N’oubliez pas que Vince McMahon est très à l’aise que John Cena ou Roman Reigns soit hué par des arénas complets.

Dans tous les cas, la compagnie était assise sur un puissant monopole de l’industrie et ne pensait pas à l’argent qu’elle aurait pu faire en rehaussant son produit.

NXT! NXT! NXT!

Au risque de me répéter, tout ce qui est hors du champ de vision de Vince McMahon se porte systématiquement mieux. Par exemple, les Mae Young Classic furent deux belles plateformes.

À NXT, tout est toujours meilleur qu’à Raw et à Smackdown. On vient d’assister aux premiers War Games féminins qui furent excellents. Après tout, c’est Vince McMahon qui ne voulait pas que les femmes soient intéressantes dans le ring.

Il est crucial de se rappeler que la Revolution n’est pas venue par elle-même. Elle est venue d’abord d’AJ Lee, puis des commanditaires.

Mais il ne faut pas la tenir pour acquise. Rien n’indique que Vince n’est pas à un doigt d’appuyer encore sur le bouton reset sur ce mouvement.

Après tout, l’année 2019 a commencé inutilement avec ceci:

Un effort inutile

En vérité, toutes les superstars qui passent à l’écran s’entraînent rigoureusement pour entretenir leurs figures athlétiques. La WWE n’a pas besoin de sexualiser ses vedettes. Nous sommes très bien capables de le faire nous-mêmes!

Même que certains et certaines des contractants de la compagnie l’assument complètement. Nos yeux sont capables d’admirer ces esthètes sans que ça soit outrageusement souligné.

En surlignant le sex appeal de leurs femmes au crayon gras, la WWE a surement perdu énormément d’argent et de parts de marché en refusant d’offrir une place équitable aux femmes dans ses productions.

Si elle continue sur sa bonne lancée, la WWE comprendra que nous sommes des fans de lutte. Peu importe le genre des compétiteurs et compétitrices sur le ring.

Et maintenant?

Rien n’est jamais parfait dans la vie, mais 2019 a démontré une nette amélioration du traitement des femmes. C’est fini l’époque où les femmes se font chicaner parce qu’elles sont bonnes, qu’elles doivent refaire un match parce que leur coups de poings paraissent trop bien, qu’elles se font couper de Wrestlemania, qu’elles se font refuser l’utilisation d’armes, qu’elles perdent la ceinture parce qu’elles refusent d’embrasser une collègue et qu’elles subissent les avances louches d’un président.

La WWE n’a plus peur que les femmes éclipsent les hommes. La division féminine est presque rendue égale à celles de sa contrepartie: les matchs sont presque toujours bons et les histoires sont moyennes.

Donc, on peut conclure que oui, une Revolution a eu lieu, mais sera-t-elle entretenue? Je l’espère profondément.

Et c’est encore ahurissant que le fait de traiter les femmes comme équivalentes aux hommes ait été une Revolution en premier lieu.



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