Nous avons tous été attristés par l’au revoir forcé de Roman Reigns causé par la leucémie. Humainement, nous avons été confrontés à l’universalité du cancer et à la fragilité de la vie. Au niveau de la WWE, ça nous a fait réaliser à quel point la compagnie a gâché le talent de Roman Reigns à travers ses mauvaises histoires.

Oui, il a été dans le main event de plusieurs Wrestlemania, mais ça se déroulait sous des huées non désirées. Pourtant, The Guy est bon. Qu’est-ce qui s’est passé? Vince a tenu à nous l’enfoncer dans la gorge de la mauvaise façon. On aime tous la crème glacée, mais même sur une pizza, on serait rébarbatif à en manger.

Reigns est devenu un dommage collatéral de l’égo de Vincent Kenny McMahon : Roman Reigns didn’t screw Roman Reigns. Vince screwed Roman Reigns.

Même l’athlète lui-même a subi les contrecoups des réactions du public qui venait d’avoir vécu la même histoire avec John Cena durant des années. Lors de sa rivalité avec ce dernier, l’ancien Docteur des Thuganomics l’a totalement détruit au micro exposant la faiblesse de Roman Reigns au micro.

Conclusion : on allait être pris avec un autre John Cena, mais en moins talentueux. La haine du public fut si forte. Regardez le public s’époumoner durant presque 9 minutes à hurler des asshole, go away, des shut the fuck up et même des fuck you Roman à un homme que la WWE veut nous faire aimer :

J’ai un peu honte, mais une partie de moi a été soulagée de sa retraite prématurée. Je me souviens m’être senti mal de penser qu’au moins il ne gagnera pas le Royal Rumble de cette année.

La WWE n’avait besoin que de quelques ajustements pour nous le rendre sympathique. Tout ce que je vais dire ici n’avait aucun rapport avec sa façon de lutter dans le ring. C’était encore plus simple que ça :

Le Plastron

Lorsque The Shield s’est séparé, Seth Rollins a opté pour un look différent et Dean Ambrose a eu l’air d’un bagarreur de ruelle. Ces décisions ont permis à leur personnage de se clarifier à travers leur costume. Qu’est devenu Roman Reigns?

Presque le même. Un homme avec un plastron. Un genre de bouclier sur sa poitrine qui, au niveau du kayfabe, lui donne l’impression de pouvoir absorber plus de coups. Ce genre de tactique n’appartient qu’aux heels. Après tout, rappelons-nous la première apparition du plastron de D-Lo Brown au King Of The Ring 1998 : c’était pour se protéger et tricher.

Protégé de la tête aux pieds, Roman Reigns n’avait pas l’air de l’underdog que la WWE aurait aimé qu’il soit. Au pire, ça aurait pu faire partie de son habillement d’entrée vers le ring, mais le faire lutter ainsi fut une erreur.

Dans une bataille de poings, Roman Reigns porte un bouclier. Comment sympathiser avec lui?

En plus, ça l’empêche systématiquement d’avoir l’air véritablement en danger. On aurait pu penser qu’il avait l’air fort derrière sa coquille, mais il a plutôt l’air de se cacher.

Par contre, imaginez une scène finale d’un Raw où Brock Lesnar vient l’anéantir pour ensuite lui briser son plastron. L’émission se termine sur un homme battu au sol et une grosse brute debout tenant dans ses mains la seule protection de son adversaire.

Premièrement, Brock Lesnar aurait eu encore plus l’air d’une terrible menace. J’en aurais profité pour intégrer des promos de Reigns qui dit « je n’en ai pas besoin pour te battre ». Nous aurions pu voir une véritable résilience dans le personnage de Roman Reigns.

Du coup, nous lui aurions donné un but personnel : se prouver à lui-même qu’il est capable de battre Brock Lesnar égal à égal. Ses défaites auraient eu plus d’impact qu’une foule heureuse de voir un monsieur qui a l’air invincible se faire battre, donnant ainsi les acclamations à Brock Lesnar.

La maudite toune plate

Pour revenir sur la séparation du Shield, Dean Ambrose a hérité d’un autre riff de guitare assez badass alors que Seth Rollins a maintenant son entrée qui commence par Burn It Down que le public se plait à hurler à l’unisson.

Roman Reigns a une des chansons d’entrées les plus plates des dernières années. C’est impossible d’être excité à son arrivée, surtout qu’il ne fait rien de spécial. L’absence de mouvement sur le stage, la rampe et le ring lui donne l’impression d’être un personnage de jeu vidéo dont on a botché la configuration de l’entrée.

Pour revenir sur la musique, lorsque la D-Generation X s’est dissoute, Triple H a cessé d’entrer sur la chanson qui commence par Break It Down. Même chose pour The Rock qui n’entre plus sur la ritournelle de la Nation Of Domination. Comment ça se fait que Roman Reigns utilise encore le thème de son ancien groupe?

Non seulement cette chanson lente n’excite personne, mais elle ne fait thématiquement aucun sens. Ça empêche Roman Reigns d’avoir sa propre personnalité. Combiné à son look qui est resté le même, il a l’air d’un gars de 26 ans qui refuse de se séparer de ses anciens amis du secondaire.

The Guy

Imaginez que vous êtes une fille et que vous parlez de votre nouveau copain à vos parents. Ils vous demandent « Alors, il est comment? » et vous répondez « C’est un gars. »

Vos parents vont vous interroger : « Donne-moi plus de détails! Est-il gentil? Attentionné? Quelles sont ses ambitions? » Et tu réponds « Ce n’est pas un mauvais un gars, ce n’est pas un bon gars, c’est juste un gars. »

Vos parents ne seront pas intéressés à le rencontrer.

L’idée de The Guy est une des pires décisions prises par les scénaristes de la WWE face à un personnage. Voulant adresser les indéniables huées, la WWE a décidé que Roman Reigns allait justifier ses actions en nous disant qu’il n’est pas un mauvais gars, il n’est pas un bon, il est Le Gars.

Premièrement, merci de nous vendre du rêve WWE! Ce soir à Wrestlemania : un gars!

La couleur entre le blanc et le noir est le gris. Le gris n’est la couleur préférée de personne.

The Guy est une expression si molle. Surtout si on compare encore avec ses compatriotes du Shield : The Architect et The Lunatic Fringe.

Deuxièmement, c’est faux. Il ne ressemble pas un gars ordinaire. The Guy aurait pu marcher pour James Ellsworth ou Heath Slater : « Je ne suis qu’un gars. J’ai besoin de ma job. J’ai des enfants à nourrir! »

Imaginez si Bat-Man s’était appelé Bat-Guy. On a comme image un superhéros que sa ceinture spéciale ne contient que des cannettes de Bud Light.

Le tourner heel

La WWE croyait que la Roman Reigns était face, mais ils se trompaient. Il n’a jamais eu l’énergie ni le booking d’un face.

Je n’arrive pas à croire que la WWE pensait réellement qu’il allait être acclamé le lendemain d’un Raw après avoir battu The Undertaker?!?

Juste avec les huées répétées, la WWE aurait dû le tourner heel. L’acharnement de Vince McMahon était la même qu’un père qui te dit que tu vas manger ton esti de brocoli et tu vas aimer ça.

Rien pour nous faire aimer le brocoli.

Le tourner heel aurait eu d’innombrables avantages. Premièrement, ça aurait libéré l’acteur derrière le personnage. L’interprète de Roman Reigns aurait pu être lui-même au lieu d’essayer de découvrir à coup d’essais et de grosses erreurs le personnage qu’il incarne.

De toute façon, il avait naturellement quelque chose de heel qui se dégageait de lui. En le forçant à être face, Vince a essayé de forcer un chat à japper.

Beaucoup de lutteurs commencent heel parce que c’est plus facile. Un heel a un arsenal plus large qu’un face quand vient le temps de faire réagir la foule.

Un heel peut être arrogant, tricheur, menteur, lâche, orgueilleux pour ensuite se faire déculotter et encore plus. Laisser à Roman Reigns l’opportunité de jouer les méchants en solo aurait permis au personnage de se clarifier et de l’orienter vers une direction.

Lui donner une personnalité

Mais surtout, ça lui aurait donné enfin une personnalité! Un but!

Bon sang! Après toutes ces années, je n’arrive même pas à pouvoir dire en une ligne qui est Roman Reigns! C’est catastrophique!

Quel horrible personnage!

C’est si frustrant. Ses intentions n’ont jamais été claires, je ne saurais même pas où le placer sur un tableau d’alignement.

Un bon personnage a un caractère capable de vivre à l’extérieur du ring. On peut s’imaginer leurs réactions face à des situations fictives. Admettons la situation suivante : un chef se trompe dans la commande d’un personnage et le serveur lui apporte le mauvais plat.

Si ça arrivait à The Miz, on peut s’imaginer la colère qu’il piquerait : comment ce restaurant oserait se tromper et manquer de respecter à la must-see superstar de la WWE?

Le nouveau Daniel Bryan ferait une crise en criant au gaspillage alimentaire.

Nommez un bon personnage. On peut trouver sa réaction face à cette situation. Ça marche aussi pour des faces. The New Day partirait probablement un food fight.

Comment réagirait Roman Reigns? Aucune idée.

Il est plus que neutre que neutre. La WWE nous a servi de l’eau tiède pendant des années en se questionnant pourquoi on ne tripait pas.

Le tourner en un vrai face

La WWE pensait qu’avoir The Authority pour le harceler allait nous le faire aimer, mais ils ont artificiellement tenté de nous faire croire qu’il est un underdog. Nous, on le sait qu’il est l’élu de la compagnie. C’est comme si ta blonde te donnait un cadeau de couple à Noel, mais que tu sais que ça lui fait plus plaisir à elle qu’à toi en le déballant.

Elle a essayé de répliquer un modèle qui a souvent marché dans le passé, notamment avec Stone Cold Steve Austin et The Rock, mais elle venait de fonctionner il y a quelques mois à peine alors que Daniel Bryan se faisait traiter de B+ player.

Cette paresse scénaristique de toujours puiser dans la même histoire n’était pas bonne la bonne solution pour Roman Reigns. L’histoire Roman Reigns contre les forces autoritaires n’était pas celle qui l’aurait mis en valeur.

Ce personnage manquait de personnalité. Il était toujours l’air en réaction, confronté à ce qui l’entoure, au lieu d’être dans la proaction. Son personnage aurait dû être en action dans les histoires.

Roman Reigns méritait une histoire de lui contre lui. Une quête dans laquelle le personnage cherche à payer ses dus. Adressant de front les opportunités reçues et bousillées, l’histoire face du personnage est celle d’un homme qui cherche à se prouver à lui-même (et non aux autres) qu’il mérite les hauts sommets.

Pour cela, il aurait fallu lui-même qu’il s’impose la première position au Rumble 2016 et que de mettre sa ceinture en jeu soit sa propre décision. Que lui-même décide de prendre des risques coûte que coûte. Mais ce n’est jamais arrivé.

Le faire évoluer

La rivalité Brock Lesnar et Roman Reigns a duré plus longtemps que l’Attitude Era au complet!

Brock Lesnar nous a livré systématiquement les mêmes matchs durant des années alors que Roman Reigns est demeuré exactement le même. Comment être excité par la même soupe à la glace durant des années?

La WWE tient trop à cristalliser ses lutteurs. En s’y entêtant, elle s’empêche de créer de bonnes histoires. Des personnages, ça évolue, ça fait des erreurs, ça apprend, ça se sacrifie, ça remporte des victoires satisfaisantes. Toutes ces péripéties viennent les façonner d’une nouvelle façon.

Par exemple, CM Punk est passé du leader de la Straight Edge Society au chef de Nexus pour devenir le Best In The World qu’on a tant aimé.

Chris Jericho n’est plus le Ayatollah Of Sex And Rolla. Il n’est plus non plus le Best In The World At What I Do et ne met plus personne sur sa liste. Chris Jericho est le meilleur exemple d’un lutteur qui réussit à se réinventer.

The Rock est arrivé en tant que Rocky Maïvia pour ensuite intégrer la Nation Of Domination et ensuite prendre la tête de la formation. Sa façon de s’exprimer est tranquillement devenue un genre de Elvis Presley pendant un moment pour ensuite devenir l’homme qu’on connait aujourd’hui.

Au travers des années, ces exemples ont accumulé les catchphrases, car leurs définitions et leurs objectifs étaient sans ambiguïté. Roman Reigns a été figé dans le temps comme une photo. Il avait la même profondeur qu’une photo qu’on peut tenir dans nos mains.

Mais pour évoluer, il faut pouvoir partir d’une base solide, chose qui ne lui a jamais été accordée. La Roman Empire n’a jamais pu être construite comme elle aurait du l’être.

Espérons que la WWE évitera ces pièges lorsque viendra le temps de pousser leurs prochaines vedettes. J’aimerais pouvoir Believe That.



Commentez cet article